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ACOMPLIA « coupe faim » antagoniste de récepteurs cannabinoïdes.
Avis d’addictologue et de médecin généraliste.
Par le Dr JP Gervaisot
L’Acomplia
fait couler beaucoup d’encre. On parle de science et de rigueur
scientifique, mais l’idée d’utiliser un
antagoniste de récepteurs cannabinoïdes pour couper
l’appétit vient d’une notion véhiculée
par les partisans de la légalisation du cannabis qui disent en
substance « le cannabis est un bon produit puisqu’il
redonne de l’appétit aux personnes sidéennes en
fin de vie ». La logique voudrait donc que les
antagonistes des récepteurs à ce produit couperaient
l‘appétit . Le
problème est que ce n’est que partiellement exacte, et,
les mêmes causes produisant les mêmes effets, on retrouve
donc avec l’Acomplia le même schéma passionnel
« pour/contre » faute d’arguments
cohérents.
Que
voit-on en addictologie ? (on passera sur la théorie
dopaminergique, très incomplète, qui ne permet pas
d’expliquer beaucoup de choses et en particulier l’appétence
de certaines personnes au cannabis).
On
voit des personnes qui ,de faite, retrouve l’appétit
sous cannabis. On voit également des personnes à qui le
cannabis coupe l’appétit. Dans les deux cas, il s’agit
de consommateurs réguliers.
On
constate le même effet paradoxal avec les benzodiazépines
et tout produit sédatif. En s’intéressant un peu
plus aux personnes qu’aux produits, on s’aperçoit
que certaines personnes voient leur appétit stimulé
lorsqu’elles sont stressées; à l’inverse,
pour d’autres, le stress coupe l’appétit. De même,
toujours en creusant un peu, l’alimentation a pour certaines un
effet sédatif voire antidépresseur, elles deviennent
donc boulimiques à ces occasions.
Il
est inutile de rappeler au regard de ces quelques lignes que la
problématique de perte de poids ne peut se résumer à
l’institution d’un régime alimentaire et/ou d’une
prise de médicament, mais ça peut aider!.
Que
voit-on en médecine générale ? . J’ai eu
l’occasion de prescrire de l’Acomplia; Cela rend
indiscutablement service à certains en terme de perte de
poids, ça ne marche absolument pas chez d’autres:
Prévisible si l’on se réfère aux effets du
cannabis sur l’appétit.
Les
effets secondaires psychiatriques décrits sont tout aussi
prévisibles: le cannabis est un tranquillisant démotivant,
mais qui n’empêche pas de penser (parfois un peu
trop…aggravation de psychoses). Les effets secondaires décrits
pour l’antagoniste cannabinoïdes sont fort logiquement des
effets d’excitation, de stress et de passages à l’acte,
rares, certes mais présents. Je n’ai pas observé
cela sur mes quelques prescriptions, mais je n’ai pas non plus
prescrit à n’importe qui.
Beaucoup
d’interrogations malheureusement redondantes font suite à
ces remarques -Ce
qui manque donc dans cette affaire, c’est un meilleur ciblage
des personnes susceptibles de bénéficier du produit. Le
problème est: qui sera répondeur et comment le repérer
?. -Comment
le laboratoire a-t-il pu avoir d’aussi bons résultats
sans avoir ciblé les répondeurs ? (grande maladie des
expérimentations). C’est dommage, car ça entame
la confiance. -En
neurologie, des quantités de molécules sortent sans que
l’on sache vraiment quels sont leurs rôles, elles se
trouvent catapultées anorexigènes, antidépresseurs,
anxiolytique en fonction d’impressions d’expérimentations.
Toujours le même schéma caricatural, le marketing tend à
attribuer à chaque récepteur une fonction:
antidépression, anxiolytique, excitation, induction du
sommeil, plaisir etc.. Ce n’est pas si simple, l’histoire
de chaque individu est prépondérante dans les
comportements et symptômes,ces molécules ne sont que
modulatrices, l‘addictologie le démontre tous les jours.
Le prescripteur est tenté de faire sa propre cuisine à
partir des ces schémas erronés, on voit fleurir des
prescriptions inappropriées de buprénorphine ou de
méthadone pour des usagers de cocaïne, y compris dans des
institutions. Je
passerai sur le débat autour de l’efficacité non
démontrée de la perte de poids liée à
l’acomplia sur la réduction du risque vasculaire.
Effectivement si surpoids rime avec risque supplémentaire,
perte de poids suite à un traitement ne signifie pas
nécessairement réduction du risque. Cet état de
fait n’est pas un argument de non prescription, ça
incite simplement à être vigilant et à exiger des
évaluations à terme. Mais là encore, quelle
valeur donner à ces évaluations lorsque l’on se
souvient des études épidémiologiques sur les
substitutions hormonales et les interprétations qui en étaient
faites, jusqu’à ce que sortent d’autres
traitements plus onéreux pour l’ostéoporose.
L’attitude de refus de prescription est à mon avis
totalement illogique et contre productive: si mes souvenirs sont
exacts, le premier antidépresseur exclusivement sérotoninergique était une molécule européenne; pour ces mêmes motifs, nous
français, l’avons largement critiquée et boudée: elle a disparue de la pharmacopée. Depuis il
y a eu la fluoxétine que nous prescrivons à tour de
bras, nos amis outre atlantique en rigolent encore…
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Dernière mise à jour le 07/09/2007