![]() |
Plaisir-satisfaction : Aboutissement actif de toute situation de prise de conscience
Par le Dr JP Gervaisot
La prise de conscience est la résultante
de la survenue d'éléments nouveaux dans l'environnement d'un individu,
ou plus exactement dans le champ de conscience qu'il reconnaît comme étant
son environnement mais qui en est la représentation cérébrale
normative.
Cette prise de conscience, à travers les éléments nouveaux,
va engendrer une excitabilité, éventuellement une augmentation
de la réceptivité. La qualité de cette prise de conscience
sera fonction de l'intensité des stimuli. Elle permettra de gérer
ces évènements au travers d'expériences antérieures
analogues ou analogiques. Ces expériences antérieures apporteront
un savoir faire pré-assimilé qui va permettre dans la plupart
des cas d'aboutir à un champ de conscience normalisé.
Cet aboutissement sera associé à un état de satisfaction,
d'apaisement, ou de soulagement. Cette gestion des éléments nouveaux
va aller de la simple constatation (c'est un joli paysage par exemple), à
une réponse motrice (je vais voir ailleurs, c'est pas bien) ou (je vais
voir de plus prés, ça doit être bien). Dans tous les cas
de figure, que l'on use des terminologies de plaisir, d'assouvissement, de soulagement
ou de tout autre terme apparenté à la nature de la cause initiale
de prise de conscience, il y a recherche d'un état prédominant
de satisfaction (prédominant à l'effort imposé pour obtenir
satisfaction par exemple). L'expression "c'est un moindre mal" en
est une parfaite illustration.
L'état de satisfaction résiduel va aboutir à une dissolution
de la part de conscience imputable à l'objet excitant initial.
Dans un certain nombre de cas, la
résolution du problème n'est pas possible. La satisfaction engendrée
par cette résolution n'est pas accessible. Cette non résolution
va exacerber les mécanismes normaux qui habituellement accompagnent et
favorisent cette résolution. On va donc observer une excitabilité
exagérée: de l'agitation, ou à l'inverse des phénomènes
de repli, de mutisme, de tétanisation, des pertes de connaissance. A
long terme ou sur une succession de problématiques, vont apparaître
des symptômes morbides type ulcère duodénal ou infarctus
du myocarde, témoin de cet exacerbation des mécanismes normaux.
Dans tous les cas ou presque, il existe une hyper réceptivité.
Chacune de ces situations n'est pas exclusive chez un individu, une multitude
de situations élémentaires coexiste à chaque instant. Elles
ont leurs sources dans l'instant extérieur comme dans la mémoire
de l'individu. Elles ont intriquées sur l'instant et variables en intensité
dans le temps. Chacune d'elle est accompagnée d'une sensation de désagrément
plus ou moins intense allant du mal-être à l'attaque de panique,
l'élément "nociceptif" s'imposant alors à l'ensemble
du champ de conscience sans alternative satisfaisante. Cet élément
nociceptif peut être un élément nouveau, traumatisant, ou
rémanent contre lequel l'individu n'a pas trouvé de "parade"
définitive
L'état de conscience étant un phénomène complexe au sens où une foule d'éléments sont simultanément présents à des niveaux variables de perception, un individu va, à chaque instant de sa vie, ressentir de la satisfaction pour la résolution de problématiques en cours, et de l'excitabilité et/ou un désagrément pour les problématiques résiduelles. Cet équilibre va donner le climat moral ou l'humeur de l'individu. Des problématiques excitantes non résolvables vont côtoyer des mécanismes satisfaisants facilement accessibles tel que, dans notre société, manger pour calmer la faim. On va donc voir se produire des amalgames, à type de résolution analogique de la problématique, l'objectif plus ou moins conscient de l'individu étant de rester dans un climat de satisfaction. L'entretien dans ce climat de satisfaction semble suffisant pour éviter les dérives morbides évoquées précédemment.
Différents mécanismes d'accession à la satisfaction.
Les
mécanismes de résolution logique
La résolution logique correspond aux solutions en général
complexes, adoptées par un individu pour gérer définitivement
de façon consciente ou inconsciente une problématique. Un objet
gène le passage, on l'enlève, c'est une résolution logique,
l'objet n'est pas déplaçable et non enjambable, on invente un
autre trajet. A terme, on fait ce nouveau trajet automatiquement, c'est une
autre solution logique qui implique progressivement la répétition
d'acquis successifs. Dans les deux cas de figure, le problème est résolu
de façon définitive, il n'apporte d'ailleurs plus à terme
de satisfaction, au contraire parfois, si le trajet est effectué de façon
conscience et non automatique pour des raisons d'excitations "nociceptives",
il peut devenir ennuyeux..
Les
mécanismes de résolution analogique
Dans un nombre de cas probablement très élevé, la résolution
des problématiques n'est pas possible. L'état de satisfaction
n'est pas accessible pour cet "objet". Simultanément, d'autres
événements trouvent résolution et engendre un climat de
satisfaction. Le cerveau et l'individu vont faire des relations analogiques
entre cette problématique et les évènements coexistants
générateurs de satisfaction. L'individu va se désexciter
assez régulièrement en adoptant une praxie génératrice
de satisfaction, mais non réparatrice de la problématique. Le
problème restera entier, sera parfois répétitif, engendrant
un acte inapproprié mais satisfaisant. Cet acte pourra être toujours
le même ou au contraire être variable. En pratique, les conduites
"de compensation" seront les actes coexistants les plus fréquents,
ce pourra être manger, vérifier quelque chose, écouter de
la musique, la télévision, utiliser un ordinateur, avoir une activité
de lecture ou sportive aisément accessible. En cas de situations non
résolvables répétitives ou multiples, pour des raisons
ou évènementielles ou d'inhibition ou de déficit intellectuel,
les pratiques de "compensation" peuvent devenir envahissantes et handicapantes.
On parlera de tics, de troubles compulsifs, de rituels contra phobiques, d'addiction.
Ces comportements se retrouveront donc chez des malades mentaux, mais aussi
chez des personnes mises dans des situations qui leurs sont incontrôlables
et à fortiori durables.
La
stimulation directe et l'usage des produits stupéfiants
L'autre alternative pour aboutir à une situation de satisfaction ou de
plaisir est l'usage de substances stimulant de façon directe ou indirecte
les zones de "plaisir-satisfaction" du cerveau, c'est à dire
le système dopaminergique.
Le recours aux drogues est une solution radicale dans la mesure où, moyennant
un simple geste, la personne peut avoir accès à un état
de plaisir ou de satisfaction qui ne lui était plus accessible ou qui
ne lui a jamais été accessible.
La cocaïne et les amphétamines vont agir, entre autres systèmes
monoaminergiques, directement sur ce système. La nicotine agirait un
peu de la même façon, mais moins intensément et plus brièvement.
Ces produits sont les produits pour lesquels la "dépendance psychique"
est la plus importante en cas de prise régulière. Il est évident
que leur usage est sous tendu par les exigences d'une société
humaine et par la position sociale du consommateur. En d'autres termes, le tabac
est un stimulant qui pour une partie non négligeable de la population
"permet de suivre". La cocaïne et les amphétamines le
sont à fortiori pour les personnes à position sociale et personnalité
sensibles. L'usage ludique demeure toutefois le plus usuel, mais est la porte
d'initiation aux personnes sensibles.
Les produits sédatifs comme l'héroïne, le cannabis, les benzodiazépines, l'alcool vont agir indirectement sur le système dopaminergique en inhibant des mécanismes neurobiologiques prépondérants entravant l'accès à l'état de satisfaction. Ces produits vont toucher une autre frange de la population, plus traumatisée. Là encore, l'usage ludique est la porte d'initiation pour les personne sensibles.
Les addictions.
Les addictions dont fait partie le recours aux stupéfiants, appartiennent
à ces comportements.
Il ne s'agit ni de tics ni de rituels mais de comportements plus complexes,
plus élaborés, toujours avec l'objectif d'une satisfaction dans
ce cas réductrice par opposition aux satisfactions multiples qu'offre
la vie. Cet aspect réducteur d'accession à la satisfaction, qui
ne résout pas plus les problématiques causalgiques que les difficultés
quotidiennes et l'inconstance ou le tarissement du plaisir qui s'y associe,
obligent les gens à des comportements de plus en plus lourds et complexes
pour arriver à un climat de satisfaction. En effet l'accumulation de
la non résolution de difficultés de la vie quotidienne vient s'ajouter
au mal être causalgique
Les addictions les plus communément évoquées sont les addictions aux "drogues", aux jeux, et les troubles du comportement alimentaire type anorexie mentale ou boulimie.
Si l'on veut détailler un peu, il est plus simple de décrire les addictions en faisant une analogie avec les fonctions primaires elles même normalement génératrices d'états de besoin (manger, boire) et de satisfaction. Les addictions se présentent chez un individu comme un recours presque exclusif et délirant à une fonction primaire, une praxie, un produit. Ce recourt devient envahissant, douloureux, source de problèmes sociaux, mais son aboutissement représente un rare moyen voire l'unique moyen d'accéder à un état de satisfaction pour l'individu. Par extension, d'autres pratiques comme le jeu ou la sexualité sont décrites comme parfois addictives. En réalité, tout comportement peut être considéré comme addictif à partir du moment où il est prépondérant voire exclusif comme recours au plaisir et qu'il se hiérarchise dans les activités d'un individu à la mesure d'une fonction primaire, c'est à dire comme un besoin à satisfaire prioritairement. (fonction de faim, de soif, urinaire ou de défécation). La frustration de cet état de besoin peut engendrer des réactions violentes à la mesure de toute fonction primaire (on interdit pas durablement à une personne de manger ou d'aller aux toilettes sans s'exposer à une réaction violente)
L'usage régulier de psychotrope prescrits par un médecin ou acheté dans la rue peut être considéré chez certaines personnes comme une addiction. On retrouve la stimulation directe ou indirecte du système dopaminergique et l'élaboration de comportements de plus en plus complexes, liés à l'environnement social et aux mécaniques corticaux compensateurs, et générateurs de souffrance.
|
|
|
|
|
Dernière mise à jour le 26/11/02