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De l'état de satisfaction à la dépendance psychique

Par le Dr JP Gervaisot


Il est difficile de donner une définition précise de la dépendance psychique. Cela tient au fait que dans la littérature médicale et apparentée, la dépendance psychique est un vocable étroitement lié à la notion de drogue.

Par extension analogique, le terme de drogue est utilisé par à peu prés tout le monde, comme image "péjorative" pour tout ce qui engendre une dépendance, que ce soit un objet, un comportement ou un individu. Cette extension populaire est probablement plus proche de la réalité neurobiologique du concept de "dépendance psychique" que l'approche restrictive toxicomaniaque. Les besoins nosologiques le prouvent puisque parallèlement on a vu se développer le terme d'addiction qui fait référence, comme on l'a vu, à un état de besoin complexe et pathologique. La dépendance psychique, si l'on admet qu'il s'agit d'un phénomène pathologique, répond également à un état de besoin anormal mais pas nécessairement aussi asocial. Cette terminologie de l'état de besoin sert même de circonstance atténuante à la personne addictive.

Si l'on reprend mot à mot la terminologie stricto sensu de dépendance psychique, aucun des deux termes n'est en soit péjoratif. On retient simplement que l'association des deux termes laisse sous-entendre une aliénation de l'esprit à des éléments perçus par celui ci, éléments qui ne sont pas indispensables mais qui engendrent un ou des comportements adaptés à l'assouvissement de l'état de besoin induit. Les éléments perçus peuvent autant être de nature sensorielle que subjectifs. Ainsi un toxicomane, bien que physiquement sevré, va avoir besoin de sa drogue s'il va circuler dans un quartier où il avait l'habitude de consommer. Il va aussi ressentir le besoin de drogue parce qu'il va avoir la grippe et qu'il interprétera les frissons comme un état de manque. Enfin il va ressentir encore ce besoin quand il va subir un climat familial désagréable de type oppressif par exemple, ou plus simplement encore, avec l'ennui, pour passer le temps. Dans ces trois exemples, le subjectif est très étroitement lié au sensoriel. La drogue sera le vecteur d'accès à un état de satisfaction inadapté à la résolution du problème.
De la même façon, en dehors de toute toxicomanie, une personne va éprouver le besoin de vérifier l'état de la maison de son enfance s'il a l'occasion d'y retourner. En cas de douleurs, cette même personne va éprouver le besoin de s'isoler en position fœtale, sans que cela ait le moindre intérêt thérapeutique. Elle va avoir le besoin de mettre un fond sonore dans la maison ou dans son véhicule, parfois sans le savoir pour se déstresser ou pour passer le temps.

En pratique, on peut considérer les trois premiers exemples aussi bien comme "addictifs" que comme "dépendance psychique" au produit Les trois exemples suivants peuvent, sans trop réfléchir, être considérés respectivement comme une recherche de repères, un réflexe conditionné et une dépendance psychique. A la réflexion, on peut retrouver dans chacune d'elles les caractéristiques des autres. En pratique, elles sont toutes trois assimilables à de la dépendance psychique. Pour le premier, dépendance psychique à un repère visuel qu'est le lieu , pour le second au repère sensitif rassurant qu'est la position fœtale, au troisième à un agrément auditif familier et agréable. La différence avec les trois exemples précédents est que le vecteur addictif n'est pas surajouté. Les moyens d'accès à un état de satisfaction sont tout aussi inadaptés, mais plus variés.

Les deux notions ont donc des champs communs, l'addiction n'étant jamais qu'une forme de dépendance psychique, forme où le vecteur aboutissant à un état inadapté de satisfaction est anormalement toujours le même .

Conclusion :

Toutes ces praxies sont, au niveau du cerveau, la résultante de mécanismes facilitateurs du flux neuronal. Une problématique se caractérisera par une prise de conscience de l'individu des éléments sensoriels nociceptifs. L'aboutissement sera à terme la dissolution de la prise de conscience de ces éléments. Cette dissolution est étroitement liée à un état de satisfaction. Les choix de l'individu vont se porter vers des praxies connues potentiellement satisfaisantes, mais pas toujours adaptées. La répétition de la problématique et la répétition des praxies vont aboutir à des flux neuronaux facilités, stéréotypés, ne faisant plus nécessairement appel à une prise de conscience. La disparition de la prise de conscience et l'automatisation de la résolution de la problématique seront d'autant définitives que la réponse praxique sera adaptée. Ainsi l'usage addictif étant par essence inadapté, les prises de conscience seront garanties "à vie" et induirons un ralentissement du fonctionnement assertorique du cerveau. Les personnes addictives vont donc prendre un retard évolutif conséquent. En cas de dépendance psychique, les réponses étant également inadaptées, le retard sera le même sur la problématique induisant le comportement, mais, ces praxies utilisées étant plus variées et n'aboutissant pas à une désocialisation, l'évolution adaptée de l'individu, (qui se fera ou ne se fera pas), ne sera pas toutefois entravée par les interdits sociaux et l'asocialisation normative qui en découle. En effet, "dépendance psychique" comme addiction" seront parfois génératrices de regroupements humains, comme quoi le produit n'est pas le problème.

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Dernière mise à jour le 26/11/02