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RECEPTIVITE , PSYCHOTROPES ET ASSERTORISME , POURQUOI PAS LA SEROTONINE ?

Par le Dr JP Gervaisot


La réceptivité

Une caractéristique du système nerveux central est de recevoir des informations d'ordre sensoriel. Ces informations peuvent être reçues de façon inconsciente ou consciente. Dire qu'elles sont reçues de façon consciente signifie que l'individu a connaissance de l'information et est capable d'en faire état.
Avant qu'il en fasse état, il n'y a aucune composante motrice. C'est une perception qui va jusqu'à l'état de prise de conscience.
Cet état de prise de conscience est lié à un seuil de prise de conscience qui va être variable selon les individus, leur état physique, les circonstances environnantes. Le terme de réceptivité va donc définir la qualité de ce seuil de prise de conscience.

La qualité de ce seuil de prise de conscience ou réceptivité est intéressante à observer car elle est élémentaire (perception consciente sans aucune élaboration autre que la prise de conscience elle-même). Elle apparaît modifiée par certains produits, sans qu'il y ait de recul critique durant l'usage.

Psychotropes et réceptivité

Certains produits sont connus et utilisés pour modifier la réceptivité. Le plus utilisé pour cet usage est le tétra hydro cannabinum présent dans le haschich. Les usagers précisent mieux percevoir les phénomènes sensoriels qui les entourent (musique, lumière en particulier). Cette hyperréceptivité est sélective puisque le phénomène de perception du temps est réduit. Les fortes doses ont un effet psychodysleptique, particulièrement sur les personnalités fragilisées où l'on constate un effet " loupe " (de mon expérience).
Les cannaboïdes semblent moduler tous les systèmes monoaminergiques (dopamine, sérotonine, adrénergiques, opioïdes, GABA).

La cocaïne, les produits dérivés (crack) ou agissant de même (amphétamines), augmentent aussi la réceptivité. Les consommateurs décrivent très bien des phénomènes d'hyperperception qui favorisent leurs capacités intellectuelles. Les principaux systèmes sollicités par ces produits sont les systèmes dopaminergiques, adrénergiques et sérotoninergiques.

Le LSD génère aussi une hyperréceptivité, à forte consonance psychodysleptique. Le système monoaminergique sollicité est le système sérotoninergique.

Pour des produits comme l'alcool ou les benzodiazépines, la réceptivité est variable selon l'état de l'individu. Elle peut être améliorée ou au contraire réduite. Cet effet est prévisible puisque ces produits sont modulateurs du SNC (GABAergiques).

Les opiacés ou opioïdes ne semblent par avoir d'effet stimulant sur la réceptivité, à moins que l'effet sédatif ne soit prédominant.

Sommeil, état de veille et réceptivité.

Le sommeil semble être une période où la réceptivité est réduite au moins par rapport aux afférences sensorielles extérieures. La monoamine la plus spécifique de l'état de veille est la sérotonine , même si l'on constate un pic en début de sommeil.

Assertorisme et réceptivité.

Replacée dans une modélisation assertorique, on décrierait la réceptivité comme la partie du champ de conscience où l'automatisme assertorique ne s'applique pas ou ne s'applique pas encore. La personne est consciente par définition de tout le domaine de réceptivité.
Si certaines molécules augmentent ou réduisent la réceptivité, cela peut se traduire en " modification du niveau assertorique ".
Comme il a été évoqué dans l'article " Assertorisme et psychotropes ", le fait de baisser le niveau assertorique, c'est à dire de réduire les automatismes moteurs comme mentaux, revient à augmenter un état de veille plus ou moins sélectif (cannabis) à travers la réceptivité.
Les molécules susceptibles d'augmenter la réceptivité sont les mêmes que celles susceptibles de baisser le niveau assertorique. C'est donc les cannabinoïdes, la cocaïne ou dérivés et amphétamines, le LSD en particulier.
Ces produits sont généralement assez mal tolérés par les personnes souffrant de psychose : Ils seraient susceptibles de générer ou d'aggraver des psychoses selon certains auteurs. L'approche assertorique de cette hypothèse de genèse ou d'aggravation des psychoses la rend plausible mais pas exclusive. Il apparaît donc ipso facto qu'une hyperréceptivité peut être génératrice ou aggravatrice d'éléments de nature psychotique.


Antidépresseurs sérotoninergiques et réceptivité.

La notion neurobiologique de la dépression reste actuellement obscure à ma connaissance, même si des molécules spécifiques existent.
L'une des particularités de la dépression, rapportée par beaucoup de patients, est la réduction du champ de conscience à la problématique, voire au mal être quand l'objet de deuil n'a pas de représentation psychique. On peut se demander si l'un des rôles de l'antidépresseur n'est pas d'augmenter de façon non spécifique la réceptivité et donc d'imposer un champ de conscience plus vaste au malade. Les molécules actuellement les plus usitées sont les sérotoninergiques pour des raisons d'innocuité, mais aussi d'efficacité si elles sont associées à une psychothérapie.
Cette approche des antidépresseurs fait craindre une potentialité d'aggravation des psychoses, en particulier s'ils ne sont pas suivis en psychothérapie, et donc s'ils ne sont pas aidés pour travailler sur les manifestations psychotiques qui peuvent se révéler.

Conclusion

Si finalement les psychotropes n'ont pas une spécificité pour une monoamine, la sérotonine revient très souvent dans le cadre de la réceptivité. On peut se demander si la réceptivité n'est pas une expression de cette monoamine, d'autant que l'on arrive à partir de cette hypothèse à expliquer simplement un mode d'action possible des antidépresseurs.

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Dernière mise à jour le 21/04/01