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Assertorisme et états fusionnels

Par le Dr JP Gervaisot


Fusionnel, foetus et nouveau-né.

On peut considérer comme acquis le fait que, avant la naissance et durant les premières semaines de vie après la naissance, le bébé ne fasse de différence entre ce qui est "lui" et ce qui l'entoure. Il existe une confusion et une absence de limite entre "lui" et l'extérieur.

Ainsi le foetus va intégrer à lui-même le contact cutané avec l'utérus, les mouvements transmis, les bruits physiologiques comme les pouls, la respiration, les bruits digestifs, les bruits extérieurs, les mouvements du corps. Le nouveau-né va probablement amalgamer avec lui-même des odeurs, des sensations gustatives, des bruits nouveaux. Avant la naissance et durant les premières semaines de vie qui suivent, l'émotionnel, en qualité d'expression consciente du cerveau, est la base de la mémoire du nouveau-né.

Ensuite seulement, il va commencer à faire la distinction entre l'extérieur et lui-même. Il va contrôler ses propres mouvements et donc par exemple échapper aux sensations vertigineuses induites par les mouvements corporels non anticipables de sa mère. Il va en plus avoir la possibilité de voir, de sentir, de goûter différemment. Il va donc se constituer une représentation psychique de plus en plus complexe de chaque chose. Cette représentation psychique va se prolonger par le langage qui va apporter son propre classement. Progressivement, en apparence, le bébé et l'enfant vont transposer l'aspect émotionnel (qui constituait la mémoire de son vécu et son champ de conscience et avec lequel il qualifiait son environnement), avec des éléments structurés, définissables sensoriellement mais aussi verbalement.

A terme, il va y avoir expulsion du monde extérieur de son "lui même". La mémorisation émotionnelle consciente ne sera plus prédominante, tant pour des raisons de structuration linguistique et visuelle que pour des raisons culturelles (parents). Cette expulsion n'est totale qu'en apparence, car le lien émotionnel va rester avec beaucoup d'objets, et constituer tant les racines de l'individu, qu'une source de fusion parfois pathologique avec le monde extérieur.

Le fusionnel de tous les jours.

La terminologie "fusionnelle" est empreinte d'une consonance péjorative. En réalité, on rencontre les traces de cette vie et de cette mémoire émotionnelle durant toute la vie. Comme il y a été fait allusion précédemment, les balancements des nourrissons ou des enfants, la recherche de sensations qui stimulent le labyrinthe comme les manèges ou le bercement, sont probablement le retour à des sensations qui existaient en intra-utérin, du fait de l'absence ces repères visuels et du caractère non anticipable des mouvements maternels.

La musique et plus particulièrement le rythme sont des accompagnements dont le caractère rassurant ou stressant évolue en analogie avec le rythme cardiaque en particulier.

La recherche du contact cutané, du massage et de son effet apaisant est probablement aussi en rapport avec des sensations tactiles intra-utérines. Le retour en position foetale peut aussi y trouver ses sources.

L'acte de danse est une forme d'activité en apparence inutile, gratuite, mais qui regroupe les sensations vertigineuses, le rythme, souvent le contact charnel.

Plus simplement, la relation inter-individus est empreinte de relations fusionnelles. La plus importante est la relation mère-enfant. Elles peuvent être d'individu à individu hors du cadre familial. Plus il y aura d'homothétie entre personnes, plus les rapports seront intenses (amoureux ou agressifs), et moins les protagonistes seront capables d'expliquer les qualités de leurs relations.

 

Le fusionnel moins accepté.

Les phénomènes de masse comme les raves parties, les concerts ou les matchs de football vécus dans la foule sont intéressants vus sous l'aspect fusionnel.

Il s'y regroupe le contact physique, les vibrations sonores, le rythme parfois (on chante autour des terrains de sports), probablement les odeurs particulières, psychotropes, éventuellement la chaleur.

Quand les gens essayent de décrire ces ambiances, ils n'ont pas de mot. La charge émotionnelle prédominante liée à l'aspect sensoriel, et cette difficulté à décrire le ressenti est très proche de la situation du nouveau né. Les terminologies que l'on voit le plus souvent autour de ces réunions sont "communion, grande messe..."

 

Le fusionnel physiologique.

L'adolescence, avec ses poussées hormonales qui ont des effets psychotropes, est une période de rapprochement entre individus, rapprochement avec recherche de contacts sensoriels plus particulièrement. On y voit apparaître ou se renforcer une appétence pour la musique, on voit se modifier les goûts alimentaires qui s'enrichissent, on voit une recherche du toucher, du contact amoureux.

L'une des particularités des hormones sexuelles est que ce sont des psychotropes dont l'effet n'est pas systématisé sinon de façon analogique par le développement simultané des organes sexuels. Dans ces conditions, elles ont pour une part un effet émotionnel sur l'individu. Cet effet émotionnel est reporté entre autre autour des organes sexuels et autres modifications physiologiques, mais renvoie l'adolescent de façon intuitive à cette période pré et post natale. Elles induisent des modifications comportementales visibles que l'adolescent maîtrise mal parce que l'émotionnel se situe en amont et non en aval de ses acquis structurels. Les modifications comportementales sont d'autant plus problématiques et graves qu'il préexiste un défaut de structuration.

 

Le fusionnel pathologique.

*Le fusionnel induit par l'usage de psychotrope

Les psychotropes, qu'ils soient licites ou illicites, agissent sur les systèmes monoaminergiques qui sont les supports de l'émotionnel au niveau du cortex. Si l'on excepte l'usage thérapeutique qui use de doses légères, et si l'on s'intéresse plus aux usages détournés ou excessifs, on tombe dans la recherche compulsive de sensations et d'émotions. Les consommateurs d'héroïne parle de bien être infini, les consommateurs de cocaïne et apparentés parlent d'orgasme mental, les consommateurs de hasch ou d'alcool parlent de détente. Le terme de planer revient souvent.

Aucun des produits sus cités, y compris le hasch qui est sensé être un psychodysleptique, ne donne de sensations systématisées ou structurées. Ils consomment le produit, et passé à une certaine dose, ils se retrouvent dans une situation de dépendance dans le sens où ils ne sont plus maîtres de leurs émotions, à l'image d'un bébé ou d'un foetus dont la réceptivité sensorielle et l'émotion qui en découlent, dépendent de l'activité de la mère et de l'environnement.

Dans ce cadre de toxicomanie à l'héroïne, aux benzodiazépines ou à l'alcool à fortes doses, on se retrouve dans un registre fusionnel particulier où la fusion se fait plus avec un état émotionnel passé de l'individu, caractérisé une structuration avec l'extérieur très médiocre voire absente.

Dans le cadre de la cocaïne, la fusion se fait plus vers la phase narcissique du nourrisson, en engendrant une hypertrophie du "moi". C'est une fusion narcissique, "avec soi-même", avec un état émotionnel antérieur, de toute puissance, lorsque le nourrisson était déjà en partie structuré.

Dans les deux, il existe une mémoire de l'émotionnel, intemporelle, non liée aux organes sensoriels, donc très difficile à rapportée à un vécu précis.

*La pathologie du fusionnel induite par l'évolution de troubles sévères du moi

Certaines personnes gardent un défaut de structuration. Ce défaut se situe dans leur capacité à établir des limites de leur "moi" avec l'extérieur. Ce trouble n'est mentalement structurable car il se fait dans un registre émotionnel. Il ne touche qu'une modeste partie des articulations que les personnes ont avec l'extérieur. Cette partie est variable selon les individus et donc plus ou moins gênante et génératrice de troubles.

L'autisme.

Un défaut massif de structuration avec confusion entre le "moi" et un extérieur intériorisé vécu douloureusement, semble une approche possible de l'autisme. Cet état pourrait être autant favorisé par des anomalies ou lésions cérébrales péri ou anténatale, que par des agressions douloureuses ressenties à cette période. Ces sensations douloureuses chronicisées marqueraient de façon non systématisée (c'est à dire non rapportées à un organe) la mémoire de l'individu. On serait tenté de parler de souffrance sans objet même si l'agent causalgique était un objet.

Les positions adoptées par un enfant qui souffre de façon chronique d'une maladie organique douloureuse (non aiguë), ressemblent à travers le repli physique, la perte de communication, au comportement de l'enfant autisme qui lui n'a pas de douleur systématisée, mais une douleur morale qu'il n'exprime pas. Le rôle de la mémoire est très important dans la pérennité de la sensation douloureuse chronique.

Le défaut massif de structuration ne permet pas au nourrisson de cerner l'objet douloureux comme une fraction étrangère à lui-même. Ce qui aurait été ou serait devenu un objet pour un autre, reste un "non-objet " pour le nourrisson puis l'enfant et l'adulte. Ce "non-objet" reste son "moi" quotidien.

En dehors de toute notion d'autisme, quelques expressions autour d'un seul mot sont révélatrices de l'empreinte fusionnelle sur le vécu douloureux. On dit "je suis malade du coeur" et non de "mon coeur". L'autre nom de la maladie vasculaire du coeur est "angor" qui signifie "angoisse" et définie donc une émotion. L'appropriation de l'objet d'amour se traduit parfois par le sobriquet "mon coeur", l'échec amoureux est "une blessure, une plaie au coeur" : il y a déjà expulsion de l'objet amoureux, ce que ne sait pas faire l'autiste.

Le coup de foudre, l'appropriation de l'autre, l'aspect pathologique.

Le coup de foudre amoureux est un exemple de ressenti fusionnel. Une émotion intense, une probable reconnaissance narcissique ("on s'est reconnu" : Qui, l'autre ou chacun soit même ?), une hémorragie de sentiments.

Le coup de foudre est quelque chose de bien sauf quand il est unilatéral. On voit alors des troubles apparaître. Une personne normale va tenter de séduire, elle va réussir ou ne plus reconnaître l'objet d'amour (erreur de coup de foudre), ou faire le deuil car il ne s'agit pas d'une séparation. Le problème ne se situe même pas dans le fait que la relation ait ou n'ait pas eu lieu, il se situe dans le fait qu'à l'instant de la "reconnaissance", l'autre et lui-même était lui-même. La problématique de l'échec est donc bien le deuil d'une partie de lui-même et non la séparation de deux personnes.

Le coup de foudre devient pathologique dans les délires érotomaniaques où la fusion se fait parfois à l'insu de l'autre. Ces délires bien connus en psychiatrie, se terminent parfois par le meurtre de l'objet d'amour : certains deuils pathologiques se terminent par un suicide. Ce meurtre est une façon économique pour l'acteur amoureux de se survivre à son suicide, et même de pouvoir enfin reprendre ce que l'autre lui a pris en refusant la fusion amoureuse et en se démarquant comme individu à part entière.

Les violences, auto et hétéro mutilations

On rencontre beaucoup de violences chez les personnes touchées par des problèmes de structuration avec l'extérieur. Si l'autisme semble en être une expression, l'expression clastique, c'est à dire le passage à l'acte agressif, existe aussi.

On constate chez beaucoup d'adolescents en particulier, des troubles de la structuration. Cela se caractérise par des personnes émotives, souvent renfermés, donnant l'impression d'être perdus (pour qui ? et dans eux-mêmes), et se faisant paradoxalement facilement entraîner par d'autres dans des contextes problématiques de type délinquance, drogue, secte.

Un élément particulier qui montre bien la difficulté qu'ont ces gens de se différencier de l'extérieur, est le phénomène d'auto et d'hétéro mutilation. L'un et l'autre de ses deux actes sont un seul et même acte. L'agression de l'autre est émotionnellement ressentie comme sa propre agression, comme sa propre punition. L'agression de soit est une tentative d'arracher à soit même une partie problématique et anxiogène.

On ne retrouve pas nécessairement derrière cela une psychose ou une névrose.

FUSIONNEL ASSERTORISME ET NEUROBIOLOGIE.

Quelques commentaires

Ce texte déjà lui-même dérive de la notion d'assertorisme cortical, en dehors de toute connaissance précise et lecture sur "le fusionnel". Les éléments que j'ai regroupés depuis sont parfaitement cohérents avec cette présentation.

L'autisme

La non-différence en soit même et l'extérieur est vraiment possible du fait de la nature acquise et inscrite sur un mode assertorique du trouble. A l'instar d'une fixation psychotique, la précocité du trouble fait qu'il s'est inscrit avant même que le sujet ait des représentations psychiques tel que le temps, lui-même, les autres.

La douleur est une émotion. L'objet responsable de la douleur donne l'illusion que la douleur est une sensation locale. On est du ressort de l'analogie circonstancielle déjà décrite dans la sexualité et l'assertorisme.

Cela laisse supposer que neurobiologiquement parlant, l'émotion douloureuse est un phénomène non systématisé sur une partie du néocortex, mais véhiculée par des réseaux neuronaux ou des substances "humorales". Une fois la douleur mémorisée, la base néocorticale auquel elle a été rapportée est capable d'entretenir par remémorisation la douleur : ce qui explique toute la difficulté de sortir de l'autisme, ainsi que l'intensité de la souffrance.

Les émotions sont des phénomènes conscients, non systématisées, parfois rapportées à un objet, et qui induisent un climat psychologique. La vie sensorielle engendre des émotions complexes. Les deux sont intimement liées et indissociables. Les émotions engendrent parfois des images flash lorsqu'elles en ont précédé la structuration. D'autres sources vécues peuvent véhiculer les mêmes émotions. Ces émotions prennent des caractères différents douloureux ou plaisant selon les circonstances. Ainsi líémotion induite par les monoamines adrénergiques est l'excitation. L'excitation générée par une agression sera très différente de celle induite par un manège à la foire. On peut donc aboutir à des émotions contradictoires : pleures et rires etc.

Les hormones sexuelles analysées à travers le fusionnel et le concept d'assertorique apparaissent sous un double aspect. Elles modifient "le climat psychologique" et favorisent la recherche de contact à consonance émotionnelle (musique, tact etc...) Parallèlement, elles engendrent des champs assertoriques favorisant l'apprentissage de façon conséquente, modifient en l'hypertrophiant le "moi", et engendrent parfois des troubles dépressifs en cas de carence (ménopause). On trouve donc à travers leurs effets un aspect prédominant noradrénergique-like et des éléments assertoriques évocateurs d'une augmentation du pôle cellulaire disponible. Ces aspects ne sont pas exclusifs puisque des hormones comme la progestérone ont des effets sédatifs.

L'adaptation humaine "pathologique" à ces mécanismes.

La sécrétion hormonale est incontournable à l'adolescence en dépit des problématiques qu'elles peuvent soulever. Pour beaucoup de personnes, la non-sécrétion est une alternative pour éviter ces problématiques. Les déviances fréquentes à cet âge comme l'usage d'opiacés, l'anorexie et la boulimie ont en commun la capacité de réduire les sécrétions hormonales (impuissance, aménorrhée, "retard de puberté). Ce sont finalement donc des adaptations logiques pour ces personnes.

Les problématiques étant différentes selon les individus, la cocaïne et les amphétamines stimulent (entre autre ) le système adrénergique et noradrénergique et augmente l'excitation individuelle. L'aspect narcissique et " de puissance" resurgit ou redevient prédominant grâce à l'effet conjugué des drogues et des stéroïdes.

Entre ces deux extrêmes, on trouve l'alcool et les Bzd en particulier, produits plutôt régulateurs, qui permettent au moins dans l'esprit de l'usager de revendiquer une adaptation sociale.

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Dernière mise à jour le 24/06/00