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LA NEUROBIOLOGIE RELUE DANS LE QUOTIDIEN DU MÉDECIN A TRAVERS LA THÈSE DE L'ASSERTORISME (SUITE)
Par le Dr JP Gervaisot
Une piste de recherche dans l'autisme et la schizophrénie
Un modéle permet de mieux comprendre les raisons de l'addiction à la cocaïne
Les mécanismes de régulation de la corticotrophine sont mieux compris
L'IRM établit un lien entre AVC asymptomatique et dépression
Une révolution en neurologie, il existe une neurogenèse chez les primates.
UN MODÈLE PERMET DE MIEUX COMPRENDRE LES RAISONS DE L'ADDICTION A LA COCAÏNE
.Quotidien du médecin n°6551 lundi 20 septembre 1999.
L'expérimentation est née du constat que la prise aiguë de cocaïne engendrait l'expression passagère de gènes habituellement réprimés au niveau du nucléus acumbens chez le rat, et que la prise chronique engendrait l'expression d'une isoforme plus persistante dans le temps. Ces expressions sont des protéines de la famille Fos, l'isomère étant un delta Fos B.
Une équipe américaine a créé des souris transgèniques, chez lesquelles le gène delta Fos B "s'exprime dans les neurones du nucléus acumbens" (je pense qu'il faut traduire: s'exprime spontanément ou plus facilement). Les chercheurs ont constaté "une augmentation de la réaction des souris transgèniques aux effets de récompense de la cocaïne". La conclusion a été : ces résultats montrent , dans un modèle transgénique, que delta Fos B accroît la sensibilité à la cocaïne et peut ainsi contribuer à l'addiction à cette drogue".
Commentaires:
Une première remarque par rapport à l'
article du 27 juillet 1999 commenté précédemment. L'article du 27 juillet traite du même noyau acumbens, mais à un autre niveau (récepteurs D3). En l'occurrence, il s'agit là de phénomène de connections inter-neurones sous la dépendance de récepteurs D3.L'article que nous abordons actuellement traite de phénomènes intra-cellulaires qui incriminent le génome. Il évoque des modifications relativement stables, engendrant des productions protéiques (delta Fos B) susceptibles de modifier le fonctionnement de la cellule et donc des neurones auxquels elle est connectée. On peut imaginer l'articulation suivante: la cocaïne augmente la concentration de dopamine aux niveaux des synapses du noyau acumbens, les récepteurs D3 sont stimulés et engendrent via un ARN messager, dans la cellule, une expression de gène FosB ou delta Fos B qui modifient le fonctionnement de cette cellule.
D'autres remarques en rapport avec le modèle assertorique.
Qui dit "augmentation de la réaction des souris transgéniques aux effets de récompense de la cocaïne" dit obligatoirement prise de conscience. La notion de prise de conscience dans le modèle assertorique, engendre un potentiel d'apprentissage et on retrouve donc les mêmes commentaires que pour l'article du 27 juillet 1999
D'autres commentaires s'y ajoutent au même titre qu'à l'article pré-cité:
La notion d'apprentissage et donc de mémorisation à moyen et long terme se trouve étroitement liée avec les notions d'addiction, de dépendance psychique et de neurones allostériques. Le neurones allostériques se définissent comme des neurones fonctionnant ensembles, toute nouvelle mémorisation sera d'autant plus facile qu'elle s'articulera sans problème de congruence avec les systèmes allostériques neuronaux préexistants. La dépendance psychique apparaît dans le modèle assertorique comme le fait que la stimulation de certains éléments va engendrer soit la mise en évidence par l'éveil de la carence d'autres éléments habituellement présent, soit tout simplement l'impression erronée que l'élément est présent (recherche compulsive de drogue après sevrage, tour de magie, suite de deuil). L'addiction est plus au caractère non culturel ou pathologique du trouble comportemental , la notion de plaisir disparaît pour laisser la place à la notion de besoin et quelque par de souffrance en cas de non satisfaction.
Toutes ces approches sont à la fois complémentaires et intriquées si l'on accepte la modélisation assertorique. Elles posent le problème de la difficulté pour le neurobiologiste d'établir une relation univoque, de cause à effet, entre un symptôme souvent complexe que lui présente le clinicien, et un mécanisme neurobiologique qui lui peut être à cheval sur plusieurs notions cliniques qui se recoupent.
Autres remarques. La notion de récompense et donc de plaisir gravitent autour du système dopaminergique.
2 questions:
1/ système dopaminergique est-il support de la conscience du plaisir, ou, son activation génère au niveau du néo-cortex la prise de conscience d'une sensation de plaisir ou de satisfaction? Les états frontaux (AVC ou lobotomie) plaident en faveur de la deuxième hypothèse.
2/compte-tenu de cette pré-réponse, ne doit-on pas considérer le système dopaminergique comme une extension sensorielle, intra-cortical, récepteur de la sensation de plaisir ou de satisfaction?. Idem pour le système nociceptif central.
2 remarques:
- Cette notion de delta Fos B persistant au niveau cellulaire peut être mise en parallèle avec le NMDA évoqué dans
l'article précédent. Si on admet que la mémoire n'est peut-être pas un phénomène exclusivement hippocampique, on s'aperçoit que la notion d'addiction est peut-être finalement un mécanisme de mémorisation lié au système dopaminergique.- Dernière remarque enfin, même s'il ne s'agit pas de cellules du néocortex, on notera la constatation faite par les chercheurs américains: que des neurones peuvent voir leur activité durablement modifiée suite à des activations d'éléments "réprimés" génotypiques, ici sous l'effet d'un produit exogène. Cette modification durable de leur activité, même après arrêt de l'exposition, évoque la notion de seuils multiples d'activité neuronale (état basal, seuil d'activation, seuil de facilitation du passage de l'influx) évoquée dans la thèse.
LES MÉCANISMES DE RÉGULATION DE LA CORTICOTROPHINE SONT MIEUX COMPRIS.
L'article traite de la régulation de la CRH (corticotrophine releasing hormone) par la CRH-BP (corticotrophine releasing hormone-building Protein). Les travaux sont des travaux américains effectués sur des modèles de souris déficientes pour le gène CRH-BP.
Tout d'abord un bref rappel: La CRH est une hormone hypothalamique qui stimule la sécrétion d'A.C.T.H.
L'A.C.T.H. stimule la sécrétion de glucocorticoïdes. Les glucocorticoïdes répriment la sécrétion de CRH.
La CRH n'a pas l'exclusivité de la stimulation de l'A.C.T.H. D'autres substances sont dite à activité C.R.F (Vasopressine, noradrénaline). Les glucocorticoïdes n'inhibent pas totalement la sécrétion de CRH puisqu'en cas de stress intense, il demeure une sécrétion importante de CRH malgré le rétro-feed back négatif.
La sécrétion de CRH est sous la dépendance de multiples structures sous corticales, elles même conditionnées par les afférences extérieures.
L'article traite donc d'une CRH-BP qui en aucune façon ne peut prétendre réguler de façon exclusive la sécrétion de CRH. Le mécanisme serait une compétition entre les 2 hormones au niveau des récepteurs (l'article n'est pas net à ce sujet, voire équivoque: il parle plus loin de capture de la CHR? par la CRH-BP). La CRH-BP est présente "à des taux très supérieurs à la CRH". L'objet de l'article est de démontrer qu'un certain nombre de symptômes "anorexie, perte de poids, stress ou anxiété" sont des symptômes révélateurs de taux élevés de CRH, et donc que l'excès de CRH a sa propre symptomatologie spécifique.
Pour cela, ils ont utilisé des souris déficitaires génétiquement en CRH-BP, hormone compétitive de la CRH comme détaillé précédemment. Ces souris ont révélé les mêmes troubles du comportement rapportés à l'excès de CRH. Cela a donc confirmé l'expression symptomatologique de la CRH.
A noter que les auteurs ont pour projet d'utiliser ce modèle pour la mise au point d'anxiolytiques, ce qui, souligne l'auteur de l'article, est en contradiction avec le fait que la CRH n'est régulatrice exclusive de l'axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien.
Commentaires:
On retrouve encore une hormone qui semble avoir une activité psychotrope spécifique.
Cette notion modifie de façon rationnelle notre regard sur la symptomatologies du stress ou des syndromes surrénaliens déficitaires: la sécrétion de glucocorticoïdes ou son absorption ne va donc pas modifier obligatoirement la perception de la fatigue: cette perception sera au moins partiellement dépendante du taux de CRH, et, nous l'avons vu, les glucocorticoïdes n'inhibent pas totalement sa sécrétion. Dans les syndromes addisonniens, une partie de la symptomatologie est probablement liée à cette excès de CRH.
Les troubles liés à l'excès de CRH ont toutes les caractéristiques d'asthénie "névrotique".
L'idée des américains de l'utiliser comme modèle pour la mise au point d'anxiolytiques est sous-tendue par le fait que les symptômes observés et rapportés à l'excès de CRH, ne sont probablement pas imputables à son action sur les récepteurs de l'axe hypothalamo-hypophysaire. La CRH est active sur tous les neurones porteurs de récepteurs à CRH. Cela ne se limite certainement pas à l'axe hypothalamo-hypophysaire, et c'est l'expression de ces neurones qui engendre directement ou indirectement les troubles et sensations.
Si cet article n'apporte rien qui n'est déjà été abordé dans les commentaires sur psychotropes et assertorisme, il est intéressant de constater l'apport de la notion d'assertorisme dans la compréhension de l'article et de la démarche des expérimentateurs.
L'IRM ÉTABLIT UN LIEN ENTRE AVC ASYMPTOMATIQUE ET DÉPRESSION
Cet article fait allusion a une vaste étude américaine qui avait pour objet de rechercher chez les personnes âgées une relation entre AVC et dépression.
Il a été particulièrement recherché des lésions des noyaux gris centraux du fait des perturbations touchant les monoamines lors des accès dépressifs. La logique en est: toute lésion des noyaux gris centraux va engendrer une perturbations de ces monoamines, et donc des troubles dépressifs.
L'étude des gens explorés après sélection sur questionnaire d'évaluation de la dépression, a montré que le "risque était accru de 40% chez les gens qui ont le plus de lésions par rapport à ceux qui en ont le moins".
Commentaires:
La notion de dépression et d'AVC est abordée largement dans le chapitre sur "assertorisme et pathologie médicale".
L'approche qui en est fait est parfaitement prédictive des résultats de l'étude. L'interprétation concernant les noyaux gris centraux est différente toutefois, même s'il est logique dans les deux cas de s'intéresser aux lésions touchant les noyaux gris centraux. En effet, dans le modèle assertorisme, des lésions engendrant une anosognosie ne peuvent générer de dépression puisqu'il y a ignorance de l'objet ou de la praxie perdue. Il faut donc des déficits perceptibles (étrangeté du vécu par défaut de prise de connaissance d'une représentation corticale , objet ou praxie). Les lésions gênant le fonctionnement correct du néocortex seront donc plus aptes à être ressenties, et pourront engendrer un syndrome dépressif, ce qui est le cas dans l'atteinte des noyaux gris centraux.
Il serait intéressant dans cette étude, de vérifier s'il existe des syndromes dépressifs sur des lésions pures du néocortex, syndromes inclues ou amalgamés avec des syndromes de type frontaux par exemple. Dans l'approche assertorique, il n'y a aucune raison que des syndromes dépressifs ne s'expriment pas pour des lésions exclusives du néocortex, à partir de l'instant où la perte agnosique affecte des représentations ou praxies encore effectives. Cela ne devrait théoriquement pas être le cas dans le modèle monoaminergique évoqué par les auteurs de l'étude
Une révolution en neurologie, il existe une neurogenèse chez les primates.
L'article traite de la découverte de la persistance d'une neurogenèse chez le macaque, par une équipe américaine (Elisabeth Gould et coll, institut Beskman Illinois).
La nouveauté tient dans le fait qu'il était admis que le patrimoine de neurones était acquis très tôt et allait en s'amoindrissant ultérieurement faute de renouvellement.
Les différentes modélisations corticales prenaient donc en compte le fait que le cerveau "était considéré comme incapable de se réparer ou de développer de nouveaux neurones", "ni formation de nouvelles synapses".
L'équipe américaine a mis en évidence le fait que "de nouveaux neurones naissaient dans la parois des ventricules cérébraux, puis migraient, encore immatures vers les diverses régions du néocortex": cortex préfrontal, cortex pariétal postérieur, cortex temporal inférieur. Ces neurones parcourent ces distances en quelques jours, deviennent matures, et développent des axones. Il est évoqué le possible rôle de ces neurones dans l'apprentissage et la mémoire, "renversant", je cite "les théories de l'apprentissage qui supposent que les souvenirs sont formés par des modifications de synapses".
Commentaires
.Loin de l'approche "assertorique" du fonctionnement cortical, La première question qui me vient à l'esprit est : certaines démences et atrophies corticales ne seraient-elles pas liées au fait de la disparition de ce turn-over, c'est à dire à la disparition de la neurogenèse qui ferait que les neurones morts ne seraient plus remplacés. Une voie de recherche serait donc la stimulation des cellules souches de cette neurogenèse.
Ce que me semble aussi nouveau et très intéressant, c'est le fait que ces neurones semblent migrer vers des régions qui interviennent dans la plasticité comportementale et non dans les aires sensorielles primaires. On peut se demander si il n'existe pas un chimiotactisme qui oriente les néo-neurones vers des structures qui "dysfonctionnent" du fait de l'excitabilité et l'état de veille engendré par l'apprentissage. Par cela même, on peut se demander si ce qui est valable pour le jeune macaque, l'est pour l'individu plus âgé, c'est à dire pour un individu qui présente déjà des lacunes au niveau des aires sensorielles primaires. En d'autres termes, il serait intéressant de vérifier s'il n'y aurait pas migration des néo-neurones vers ces aires lorsque des cellules sensorielles primaires disparaissent et engendrent une excitabilité locale.
Concernant la modélisation assertorique, le principe de l'apprentissage et des praxies y est basé essentiellement sur la notion de facilitation sélective du passage de l'influx nerveux. Le fait de savoir que chez certains primates (macaques), le développement de nouvelles synapses est possible, est plutôt très confortant. De même, l'apport de nouvelles cellules nerveuses va dans le sens d'une facilitation de l'influx nerveux.
Si tant est que cette modélisation pouvait paraître très gourmande en neurones (ce qui reste à démontrer mathématiquement) , voilà qui nous amène au moins pour le macaque quelques kilos-octets supplémentaires.
Cette notion de néo-neurone est également intéressante du fait du parallèle que l'on peut faire avec les niveaux de fonctionnement neuronaux évoqués dans le modèle assertorique. Il y est décrit des neurones non activés, des neurones activés et des neurones facilités. Les neurones non activés correspondent à des neurones non concernés par un flux neuronal (donc en dehors de toute activité corticale) , les neurones activés correspondent à des neurones chez lesquels il existe une activité corticale caractérisée par un flux passant inconstamment, les neurones facilités correspondent à des neurones où le flux est facilité au point de passer constamment. La notion de prise de conscience semble s'appliquer aux neurones partiellement facilité, la notion d'assertorisme s'applique aux neurones constamment facilités, il était évoqué le tropisme probablement néocortical de ces cellules. On pouvait effectivement opiner que le stock de neurones non activés (et donc potentiellement activables) était très limité à l'échelle d'une vie. Cette notion de possible néogenèse neuronale vient ressourcer le pool de neurones potentiellement activables.
Une dernière remarque: il y est décrit les champs assertoriques liés à des hormones sexuelles en particulier, mais aussi et probablement thyroïdiennes. La logique de la modélisation assertorique voudrait donc que la néogenése de cellules neuronales soit pour partie stimulée par ces hormones. A vérifier!.
Une piste de recherche dans l'autisme et la schizophrénie: Un gène indispensable à la mémoire sociale des souris est identifié.
Résumé de l'article.
L'ocytocine est une hormone présente chez tous les mammifères. " Elle semble moduler une gamme de comportements sociaux allant des soins maternels (comme l'allaitement) à la formation du couple et de la surveillance possessive du partenaire. Il est à noter que chez l'homme, l'éjaculation s'accompagne d'un pic de sécrétion d'ocytocine"
L'expérimentation a porté sur des souris privées du gène "ocytocine" versus des souris normales. Les souris ont pour principal organe de recherche et de reconnaissance l'olfaction.
La constatation a été que les souris déficientes ne reconnaissaient pas des souris déjà rencontrées, même de multiples fois, alors que la recherche et l'apprentissage alimentaire et l'orientation spatiale étaient conservés. L'injection intra caverneuse chez ces souris d'ocytocine, leur permettait de recouvrir une "mémoire sociale".
De la même façon, l'injection intracaverneuse d'antagonistes de l'ocytocine chez des souris saines a abouti à un émoussement de la mémoire sociale.
La conclusion de l'équipe de chercheurs a été "l'ocytocine est nécessaire pour le développement normal de la mémoire sociale chez la souris", "et étayent l'hypothèse selon laquelle la mémoire sociale repose sur une base neuronale distincte des autres formes de mémoire".
Approche à partir du concept d'assertorisme.
Remarques préliminaires:
La vie sociale chez les animaux n'oblige pas une reconnaissance individuelle précise mais plutôt celle d'une complémentarité utile repérée mutuellement. Cette organisation va du fonctionnement en troupeau au fonctionnement en famille, occasionnel ou permanent. La complexité de l'organisation est fonction des capacités intellectuelles, mais aussi de la difficulté qu'a un individu d'une espèce animale à survivre isolément. La notion de "société animale" sous-entend donc avant tout la notion de complémentarité. Cette complémentarité peut exister ipso facto (surtout chez les insectes : fourmis, termites qui se différencient en ouvrières, soldats ou dans toutes les espèces en mâles, femelles, progéniture chez les mammifères), elle peut être acquise (individu simple, femelle ou mâle dominant), elle peut être passagère (vie sociale limitée à l'accouplement). Le phénomène de reconnaissance durable d'un nombre conséquent d'individus spécifiques est certainement lié aux capacités intellectuelles, et probablement limité à une minorité d'espèces animales.
Chez l'homme, l'absence permanente de reconnaissance est la conséquence d'un état déficitaire. Cette non-reconnaissance est rare. On la rencontre lors de lésions neurologiques diffuses (démences) et parfois sur des lésions localisées avec alors conservation de l'intelligence pour le reste des activités normales.
La reconnaissance alimentaire est beaucoup plus banale. Même les espèces les moins évoluées ont cette capacité de reconnaissance alimentaire. Cette forme de mémoire est donc très élémentaire.
L'orientation spatiale est une capacité que l'on trouve très tôt dans l'évolution animale. Les abeilles s'orientent très bien, les oiseaux également. Cette forme de mémoire est donc aussi très élémentaire.
On peut difficilement utiliser le modèle démentiel pour créer une hiérarchisation des capacités intellectuelles des plus simples aux plus complexes : la fréquence d'un déficit sera plutôt le fait d'une fréquence accrue de destruction d'un territoire cortical.
Au terme de ces quelques remarques, il est difficile de parler de mémoire sociale là où il n'y a qu'une affaire de reconnaissance individuelle certes très précise mais facultative pour l'instauration d'une vie sociale animale.
L'apport de cette expérimentation tient au fait qu'une hormone, l'ocytocine, s'avère capable d'avoir sa propre "mémoire ", mémoire qui disparaît en son absence et réapparaît à sa réintroduction. Cette constatation nous renvoie à la notion de champs assertoriques hormonodépendants. Cette expérimentation touche le rat et la mémoire de reconnaissance individuelle. Elle n'est probablement pas reproductible chez l'homme. Comme on peut le constater, la mémoire de reconnaissance individuelle chez le rat est étroitement liée à l'odorat. L'audition et la vision ne semblent pas suffisantes et déterminantes pour permettre cette reconnaissance, ce qui n'est pas le cas chez l'homme.
L'odorat n'est à l'évidence pas suffisant chez le rat pour permettre la reconnaissance individuelle. L'ocytocine permet une augmentation de la perception dans un cadre précis qui est celui des individus de proximité. La disparition de l'ocytocine fait disparaître la capacité de reconnaissance.
Ces constatations ne vont pas sans évoquer les travaux sur les oies de Konrad Lorenz. Cet éthmologiste avait constaté que les poussins nouveaux nés reconnaissaient de façon définitive comme parents les premiers individus qu'ils avaient vus. Ce pouvait être la mère, ce pouvait être le scientifique, il n'y avait ni recul critique, même à posteriori. Les parents sont parfois tout aussi déficitaires, le coucou en est un exemple célèbre mais la confusion se rencontre dans beaucoup d'espèces. Cet aspect définitif de la reconnaissance malgré des acquis possibles dans beaucoup d'autres domaines nous amène aux limites non extensives des capacités d'une espèce dans un domaine donné. On est en droit de penser qu'il s'agit d'un problème de nombre de neurones et de connections possibles.
On peut imaginer deux modes d'action pour l'ocytocine :
Un mode d'action simple : l'ocytocine active un pool cellulaire supplémentaire qui augmente par sa présence les capacités discriminatoires ou de perception de l'animal. En l'absence d'ocytocine, ce pool n'est pas fonctionnel, le rat ne reconnaît pas car le pool basal est insuffisant . Dans ce cas, l'apport de l'ocytocine n'est pas spécifique de la mémoire de reconnaissance et toucherait d'autres facultés plus complexes que la reconnaissance alimentaire ou l'orientation spatiale.
Un mode d'action plus complexe de l'ocytocine pourrait se rapprocher de celui décrit pour les hormones sexuelles lors de l'adolescence dans le chapitre sur les hormones sexuelles, les champs assertoriques hormonaux et l'élaboration de la sexualité. L'hormone serait dans ce cas présente toute la vie y compris dès le début de la vie lors de situations d'échange entre individus comme l'allaitement. Ces animaux naissent aveugles et très dépendants des parents. Il se créerait une relation analogique entre ce pool cellulaire ocytocine dépendant et l'odeur des individus présents. Ce pool cellulaire permettrait la reconnaissance. Ultérieurement, ce pool cellulaire affinerait les critères de reconnaissance comme cela se fait dans l'espèce humaine, mais à partir de la vue.
Les motifs sur lesquels se basent les espoirs suscités par cette constatation expérimentale autour de la schizophrénie et de l'autisme, paraissent un peu obscurs. En supposant même que l'ocytocine soit le support d'une mémoire sociale par sa simple présence chez le rat, on voit mal le rapport avec la schizophrénie ou l'autisme. La schizophrénie n'est pas le fait d'un défaut plus ou moins prononcé de mémoire sociale, c'est le fait d'une interprétation erronée de la réalité, interprétation durable, définitive, dissociante pour l'esprit (au sens champ de conscience). L'autisme ou le comportement autistique serait lié à une difficulté pour différencier ce qui fait partie et ce qui ne fait pas partie de l'individu (voir chapitre fusionnel). L'approche assertorique n'apporte rien de plus dans cette direction sinon, peut être dans le cadre des comportements autistiques d'origine déficitaire, l'espoir de molécules hormonales ou non qui augmentent le volume des champs assertorique par augmentation du nombre de neurones ou par sommation temporelle de l'activité des neurones existants.
Dernière mise à jour le 29/07/00