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ASSERTORISME ET PSYCHOTROPES
Toutes les substances qui passent la barrière méningée et ont un effet sur les neurones, peuvent être considérées comme des psychotropes. Cette définition, volontairement très large, a pour conséquence dinclure non seulement les molécules pharmacologiques mais aussi les "drogues" et de façon beaucoup plus normale les molécules apportées par notre alimentation, génératrices dénergie pour la cellule et sans lesquelles, la carence se faisant, nous aurions des troubles comportementaux (hypoglycémie, amnésie carentielle). Les prémices de ces derniers troubles nous amènent dailleurs à nous alimenter.
Parmi les deux premiers groupes se trouvent essentiellement des molécules sales, cest à dire des molécules touchant plusieurs types de récepteurs. Aborder les effets centraux de ces molécules oblige à tenir de ce fait: une même molécule pourra exercer une action sur le système dopaminergique, sur les systèmes monoaminergiques en général, sur laxe hypothalamo-hypophysaire et sur ce que nous avons défini comme système assertorique.
Lobjectif de ce chapitre est denvisager de quelles façons vont se manifester cliniquement une action activatrice ou inhibitrice sur le système assertorique et quels en seront les applications pharmacologiques. Lapproche substance par substance devrait permettre de mieux appréhender comment se dissocient les effets de ces molécules sales et quels sont finalement les moteurs de dépendance physique et psychique, et de sensibilisation comportementale. Quelques interrogations ne manquerons pas dapparaître au décours de cet exposé et seront évoquées en fin de chapitre.
ACTION PHARMACOLOGIQUE DUNE SUBSTANCE SUR LE SYSTÈME ASSERTORIQUE
Une substance peut agir soit directement soit indirectement, via un système régulateur par exemple, sur un groupe de neurones. Quel que soit le(s) tropisme(s) de la molécule, à partir du moment où elle intervient en aval ou directement sur le système assertorique, elle modulera son activité et entrera dans le cadre de cette étude.
Que leffet soit direct ou indirect, une molécule aura la possibilité dagir sur le système assertorique de 2 façons:
- En facilitant le passage du flux neuronal, soit en permettant au neurone de passer dun état inactif à un état de veille ou le passage de linflux se fait inconstamment, soit en permettant au neurone de passer dun état de veille à un état de facilitation constante.
-En gênant le passage de linflux, faisant à linverse passer le neurone dun état de veille ou un état de facilitation constante à un état inactif ou à un état de veille.
CONSÉQUENCES CLINIQUES DE CES MODIFICATIONS
Il découle des modifications sus-décrites 4 grands groupes de modifications cliniques qui correspondent chacune à une modification du niveau dactivité en fonction du niveau précédent.
Les 4 grands groupes seront donc:
-le passage dun neurone dun état inactif à
un état de veille,
-le passage dun neurone dun état de veille à un état facilité,
-le passage dun neurone dun état facilité à un état de veille,
-le passage dun neurone dun état de veille à un état inactif.
Pour des raisons de facilité et de digestibilité,
lapproche de chacune de ces modification de fonctionnement sera étayée par un
exemple.
Lordre détude sera modifié comme suit pour des raisons dapproche
facilitée.
*le passage dun neurone dun état de veille
à un état facilité,
*le passage dun neurone dun état facilité à un état de veille,
*le passage dun neurone dun état inactif à un état de veille
*le passage dun neurone dun état de veille à un état inactif.
*le passage dun neurone dun état de veille à un état facilité, héroïne benzodiazépines
Le passage dun neurone dun état de veille à un état facilité signifie au niveau du champ de conscience que létat de veille, qui est un état de conscience de lindividu, va se transformer en état de fonctionnement facilité, donc automatique, sans recours à la prise de conscience.
On peut donc sattendre chez les personnes prenant ces produits, à des comportements de type automatique, avec une sensation de facilitation, avec une prise de conscience et donc une mémorisation très partielle des actes, avec une perte de la notion de temps qui va sécouler subjectivement beaucoup plus vite. De surcroît, la facilitation ou désinhibition neuronale va favoriser des constructions et sapparenter à une extension assertorique. Cette extension, en cas de disparition du psychotrope, va dysfonctionner, engendrer un état de carence, de deuil et occasionner des troubles comportementaux ou physiques. Leffet des produits sur les neurones peut être direct ou indirect.
Ces aspects peuvent sapparenter avec ce que lon constate avec lhéroïne ou avec les dosages excessifs en benzodiazépines. A noter que ces molécules agissent aussi au niveau du système dopaminergique qui est le système de la satisfaction ou du plaisir.
La prise en charge de toxicomanes héroïnomanes est riche de troubles du comportement de ce type. Curieusement, en cas détat de manque, ces héroïnomanes ont recours à de fortes doses de BZD, ce qui montre bien la similitude au moins partielle daction entre les deux classes (pour des surdosages de BZD). Lorsque lon parle à des toxicomanes de leur état au décours immédiat dusage, ils vous répondent quils se sentent alors normaux, plus normaux que lorsquils ne consomment pas. Cela montre que le patient ne se sent lui-même quen pleine activation de ses champs assertoriques, et entre autre de ceux engendrés par la prise de ces produits. La rencontre dun toxicomane sous forte dose de BZD se caractérise toujours par la méconnaissance par ce dernier de létat de somnolence associé : il se prétend en pleine forme, sensation quil ne revendique jamais en état de manque ni même sevré, à distance de toute consommation et état de manque.
En outre lusage de ces produits illicites amènent à des troubles du comportement favorisés par le manque ou par la peur du manque. Ces troubles souvent asociaux(vols, prostitution...) sont très mal vécus après arrêt de la toxicomanie, le patient ne se reconnaissant pas comme capable de faire cela. Ils en sont probablement incapables hors usage car certains utilisent par préméditation ces produits pour pouvoir reproduire ces actes.
Hors la rechute dans la toxicomanie amène de façon presque automatique la reprise de lactivité asociale. Un exemple caricaturale se trouve en la personne dun de mes patients qui avait arrêté BZD et héroïne depuis plusieurs mois. A la suite dune prescription dun BZD pour insomnie par un médecin, il a avalé en quelques heures toute la boîte et a été arrêté en pleine journée, tenant à peine debout mais essayant douvrir une portière de voiture avec un pied de biche au milieu de la foule!. Il dit ne pas avoir mémoire de ces faits. (Voir chapitre benzodiazépines et assertorisme )
*le passage dun neurone dun état facilité à un état de veille, cocaïne antidépresseurs
A linstar des opiacés et BZD, le passage dun état facilité à un état de veille va engendrer une prise de conscience exagérée, cest à dire que des perceptions qui normalement devraient passer inaperçues, vont arriver à létat de conscience. Cette situation va engendrer une impression de la part de lindividu dun vécu intense, anormalement détaillé, avec donc une hypertrophie du "sensationnel" mais aussi du "moi".
Cet état de conscience va raviver des souvenirs et des mécanismes "assertorisés" et permettre à lindividu de reprendre et de restructurer des vécus ou des fonctionnements où ou il navait plus accès. Ces résurgences peuvent aussi avoir des effets délétères, en remettant à lordre du jour des éléments de vie désagréables mais non conscients car assertorisés.
Létude de consommateurs de cocaïne et amphétamines diverses est parlante et correspond bien avec lapproche décrite. En outre, la stimulation par ces produits du système dopaminergique en rend lusage agréable. Ces consommateurs décrivent à lusage une sensation dorgasme mental, cest à dire de vécu agréable, conscient et intense de la réalité. Ils présentent une réduction de besoin de sommeil qui se comprend très bien du fait de létat de conscience hypertrophié qui stimule la réticulée activatrice, à linstar des opiacés et BZD.
En outre, lusage chronique engendre des syndromes paranoïaques caractérisés par une surestime de soi et une mégalomanie.
Tout le monde ne peut consommer des produits de cette classe, en effet, beaucoup de personnes ne supporte cette hypersensorialité liée à la régression assertorique et qui les ramène les problématiques douloureuses "enfouies".
A travers les antidépresseurs et leur action moins brutale et plus prolongée, les effets moléculaires peuvent prendre des aspects plus sociaux. En outre, il ny aura pas à ma connaissance stimulation du système dopaminergique. La baisse de lactivité neuronale vers létat de veille permet la réminiscence déléments assertoriques cest à dire déléments sur lesquels lindividu, faute daccès conscient, navait de recul critique. Ces éléments sont autant des éléments sensoriels que psychologiques ou moteurs.
Cette réminiscence va permettre un réapprentissage ou une reconstruction de lindividu à travers ces éléments sensibles redevenus accessibles. Ce peut donc être une amélioration de techniques sportives limitées antérieurement par un passage à létat de réflexe, ce peut être aussi une restructuration psychologique voire biographique. Le recul assertorique va donc permettre de sortir dune impasse psychologique de type dépression, sous réserve que les racines nen soit pas trop anciennes et donc profondes. Cette action médicamenteuse nest possible que sil existe un substrat assertorique suffisant: ainsi chez lenfant dont la biographie est forcément modeste, lacquis assertorique lest dautant plus et, faute de substrat, les antidépresseurs sont inefficaces.
Le sortir dune dépression va exiger une restructuration et donc un temps conséquent qui dépassera largement le simple effet du produit et sera tributaire de la capacité quaura lindividu et/ou le soignant à le faire évoluer.
On notera au passage que les derniers antidépresseurs sélectifs augmente la concentration de la noradrénaline dans lespace inter synaptique comme la cocaïne et les amphétamines.
On notera aussi que daprès ce schéma, lassociation dune BZD avec un antidépresseur peut à certaines doses apparaissant comme très ou plutôt trop sédatives, retarder lamélioration dune dépression.
*le passage dun neurone dun état inactif à un état de veille: la création dun champ assertorique.
Cette approche a déjà été évoquée dans la genèse des champs assertoriques. Une molécule va faciliter lapparition dun champ assertorique plus ou moins spécifique sur lequel va pouvoir se greffer un potentiel dapprentissage. La disparition de la molécule va engendrer la perte partielle des acquis, sa réapparition va permettre la récupération demblée de tout ce potentiel. Cette particularité qui nest pas sans évoquer la notion de "sensibilisation comportementale" apportée par les neurobiologistes, a déjà été évoquée précédemment pour lhéroïne mais touche probablement aussi les BZD.
Au regard de ces réflexions, lapplication thérapeutique en est que des doses filées de BZD, en permettant le passage dun état inactif à un état de veille, peut favoriser la mémorisation et donc lélaboration au cours dune dépression. Donc en pratique, là encore, le suivi est fondamental afin que le patient ne construise pas nimporte quoi dans ce néo-champ assertorique. Lusage non contrôlé de doses filées chez un psychotique peut savérer également très aggravant.
*le passage dun neurone dun état de veille à un état inactif. La disparition de champs assertoriques.
Le passage dun état neurone de veille à un état inactif va se caractériser par une perte anosognosique des capacité de ce neurone. Donc, excepté à travers le dysfonctionnement de praxies associées, le patient ne devrait pas avoir connaissance du déficit.
Il nexiste pas à ma connaissance de produit pharmacologique ayant pour effet dengendrer des déficits anosognosiques. Par contre, on peut aborder cet aspect du problème en disant que la carence en produit du type héroïne BZD ou au contraire lexcès de produits type antidépresseurs, cocaïne ou amphétamines pourraient engendrer des conséquences équivalentes. La lecture de la littérature le confirme. On retrouve de façon constante des myoclonies intenses. Dans le cadre de la cocaïne et des antidépresseurs, cela peut précéder le décès, dans le cadre de lhéroïne il ny a jamais décès, dans le cadre de BZD cela peut précéder un état de mal convulsif. La différence dans les complications ne tient pas, à mon avis, au fait que ces symptômes soient des symptômes différents fortuitement regroupés dans ce paragraphe mais simplement aux propriétés spécifiques des produits. En effet, ces substances sont des molécules sales et donc touchant de multiples récepteurs différents. Le décès par surdosage dantidépresseurs est lié à la toxicité cardio-vasculaire. Les décès brutaux sous cocaïne sont liés à des phénomènes de vaso-constriction aigue. Les décès à loccasion de sevrage de BZD sont liés à des états de mal convulsifs. Il ny a pas de décès en cas de sevrage dhéroïne mais lintoxication chronique par lhéroïne saccompagne au niveau de lorganisme dune hypersécrétion dendorphines plus antagonistes des récepteurs quagonistes. Dès que le seuil dopiacé passe sous un certain seuil, laspect agoniste de ces endorphines devient prédominant.
Lalcool qui na pas été évoqué dans ce travail, sapparente plus dans le cadre dun usage chronique aux opiacés et aux BZD, même si son action initiale est gabaergique + cest à dire stimulante. Le sevrage peut être mortel.
Ce dernier paragraphe interroge sur la notion de convulsion. Elle est décrite classiquement comme une hyperactivité neuronale. Lapproche précédente fait plutôt évoquer une panne neuronale. Les situations et produits qui engendrent des convulsions sont plutôt des situations susceptibles de mettre en panne les neurones (hypoglycémies, fièvre, neuro-toxiques, lésions cérébrales...) . Le début dune crise dépilepsie dans sa phase tonique, se caractérise par un EEG plat ! Les complexes réapparaissent avec la phase tonico-clonique considérée comme une phase dhypersynchronisation neuronale mais qui pourrait tout simplement être une phase de reprise de lactivité neuronale, activité modulée par les phases de récupération des potentiels membranaires.
Lépilepsie revue et corrigée ainsi, on est en droit de se demander si finalement laspect clonique nest pas lexpression de la libération du réflexe myotatique sur leffet de la disparition des afférences centrales inhibitrices.
Dernière mise à jour le 03/03/00