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LE VECU ASSERTORIQUE A TRAVERS UNE VIE
APPLICATION A LA PATHOLOGIE MEDICALE
Il ne saurait être question de traiter la pathologie médicale dans son ensemble, en détail, car cela n'est ni possible ni utile, on va donc se contenter de l'utile, c'est à dire des bases pathologiques à partir desquelles chacun pourra réfléchir et se faire une opinion. Ce qui nous intéresse concerne les distorsions du champ de conscience. Ces distorsions sont les anosognosies, les dépressions, les psychoses et les états déficitaires. Bien que la névrose ne corresponde pas à une distorsion du champ de conscience, on en parlera car il importe de situer et d'évoquer ce phénomène élémentaire d'inhibition dans le cadre d'une réflexion sur le fonctionnement du champ de conscience.
L'ANOSOGNOSIE
L'anosognosie se définie comme étant la méconnaissance par un individu de la perte d'une fonction antérieurement acquise. Ce symptôme étant un symptôme neurologique, il a un support anatomo-pathologique palpable dans l'état actuel des moyens d'investigation ; la reproduction de la lésion sous-entend la reproduction du symptôme. En raisonnant en champ de conscience et en "pensée", on peut dire que la pensée de l'individu naccède plus à la fraction du champ de conscience victime de l'anosognosie ; cela signifie soit que laccès n'existe plus à cette partie du champ de conscience, soit que cette partie du champ de conscience n'existe plus. Le mécanisme d'une anosognosie étant du à destruction d'une partie du cortex, on est en droit de penser que cette partie du cortex était le support d'une partie du champ de conscience et que cette dernière n'existe plus. L'anosognosie qui est un phénomène spécifiquement cortical est un symptôme inconstant, parfois difficile à affirmer sinon dans le du cas caricatural du syndrome d'Anton Babinsky. Ce cas clinique était décrit comme suit par le docteur Babinsky en 1914 "ce qui contrastait avec la conservation de l'intelligence de cette malade, c'est qu'elle semblait ignorer l'existence de l'hémiplégie presque complète dont elle était atteinte ". Cet exemple est caricatural du fait de l'importance du déficit, mais il est habituel en médecine de ville de constater des phénomènes anosognosiques de moindre importance : ainsi un de mes patients, victime d'une hémianopsie latérale homonyme droite, c'est à dire d'une disparition de l'hémichamp visuel droit, ne s'était pas rendu compte de sa déficience et avait traversé toute une ville en "ignorant" les feux tricolores, cela à la grande terreur de ses passagers ; il m'avait consulté sur l'insistance de sa femme ! Depuis il est conscient de son handicap mais heurte régulièrement tous les obstacles situés à sa droite. On notera à l'occasion de cette anecdote que ce brave monsieur n'avait pas appris à passer lorsque le feu était vert, il avait appris à s'arrêter lorsque le feu était rouge et l'on pourrait traduire ce mécanisme cortical par "pas de stimulation, pas de feu rouge ", et exécution automatiquement sans le recourt de la pensée".
L'anosognosie est un phénomène souvent passager et parfois très discret, difficile à mettre en évidence par le patient et le clinicien. L'une des raisons de sa mise en évidence paradoxale par le patient est que la zone touchée dans le champ de conscience, s'articule avec une multitude d'autres zones saines et c'est le dysfonctionnement de ces zones saines qui va être ressenti par l'individu.
Prenons l'exemple d'une personne atteinte d'une paralysie d'un membre inférieur, la paralysie ne touche que les muscles et ne touche pas les centres de l'équilibre, ce monsieur tombera en voulant essayer de marcher ; tant qu'il n'aura pas voulu se lever, il ne se rendra pas compte de son déficit et il est habituel de voir des gens multiplier les tentatives de redressement alors qu'à l'évidence ils sont paralysés.
D'une façon plus générale, toute personne victime d'une paralysie liée à une destruction partielle de la substance grise corticale, sera consciente de ses nouvelles limites et indirectement de sa paralysie par le biais des praxies résiduelles. Plus les lésions seront importantes, plus il y aura de praxie détruite et moins le malade se sera capable d'évaluer son déficit : c'est le cas du syndrome d'Anton Babinski décrit précédemment, c'est aussi le cas de toutes les démences. On trouve là une application physiologique simple : nous n'avons conscience de nos limites sensorielles ou physiques que si nous avons consciences de limites antérieures plus performantes ; une surdité ne sera reconnue par le patient que si ce dernier a entendu mieux ultérieurement et que cette surdité n'est pas d'origine cérébrale.
LES PSYCHOSES ET ETATS PSYCHOTIQUES
L'autre grand type de manifestation pathologique concernée par lassertorisme est représentée par les psychoses.
La psychose est avant tout le fait d'adhérer à un délire. Cela laisse supposer que les éléments initiaux de cette psychose sont de caractère assertorique et donc appartiennent au champ assertorique.
L'intégration d'éléments délirants peut se faire à n'importe quel moment de la vie, il suffit d'être à l'instant de l'événement sensible particulièrement réceptif. Les circonstances peuvent être autant un traumatisme que des conditions artificielles rendant possible limprobable. Cette malléabilité du champ de conscience à l'occasion d'un traumatisme se retrouve autant pour des problèmes organiques comme les sensations de déformation du membre fantôme chez les amputés après gros fracas, que pour des psychotiques au sein desquels certains décrivent ce que l'on appelle des "points de fixation psychotique". Comme dans ces deux exemples, certaines personnes gardent également, suite à un accident vasculaire cérébral ou une consommation aiguë dalcool des souvenirs délirants sans rapport avec ce qui s'est passé durant la phase aiguë de l'ictus.
Là ne se résument pas toutes les possibilités de genèse de psychose ; en reprenant la biographie d'un individu telle qu'on l'a évoqué en début de ce chapitre, on trouve une série de périodes sensibles durant lesquels des psychoses devraient pouvoir se développer.
La première période est la période durant laquelle le nourrisson apprend à se différencier du monde extérieur, c'est à dire remet en cause son champ assertorique afin de séparer les éléments du monde extérieur de son "moi". Il fait donc le deuil d'une partie de ce champ. On peut parfaitement envisager que pour certains nourrissons, cette distinction ne se fasse jamais. Dans ce cas de figure, l'enfant va grandir en prenant comme son "moi" tous les événements extérieurs qu'ils soient agréables ou désagréables ; les événements désagréables seront vécus comme une auto-agression incontrôlable et d'une façon générale, tout sera vécu comme incontrôlable. Les seuls mécanismes de protection activable par l'enfant seront les mécanismes de repli soit les mécanismes inhibiteurs. A noter quoutre le fait que le repli entrave considérablement l'apprentissage, il n'y a pas de raison particulière qu'un enfant qui n'a pas la notion le lextérieur" apprenne à communiquer. Les raisons de cette non-évolution vers le "moi" et le "non-moi" peuvent être multiples, congénitales ou acquises. Les causes congénitales seraient à priori les états déficitaires organiques type oligophrénies.
Si on se réfère au modèle animal, la méconnaissance du monde extérieur exige un degré d'évolution extrêmement médiocre, un tel déficit chez l'homme n'est envisageable que pour des cas extrêmes quasi végétatifs.
En dehors de toute organicité, un tel schéma peut évoquer très partiellement l'autisme. Il est intéressant de remarquer le poids des phénomènes inhibiteurs, via un vécu douloureux, "nociceptif ", à travers le pouvoir qu'ils ont de limiter les possibilités d'acquisition et engendrer des états pseudo-déficitaires. On est en droit de se demander quels facteurs stressants ou quelle anomalie neurobiologique peuvent engendrer de tels états pathologiques (douleurs organiques non traitées, agressions extérieures, autre ?...). Nicolas est autiste vrai, il manipule toute la journée un jeu de carte, une caractéristique importante de son autisme est que "le poids " du regard des autres engendre chez lui des hurlements. Par contre, il peut nous regarder sans en souffrir s'il ne croise pas notre regard. De même, on peut lui parler, le toucher sans lagresser. (cf. chapitre neurobiologie)
L'autre période de la vie durant laquelle un individu est susceptible de développer une psychose, est l'adolescence. Durant cette période se produit une série d'événements :
- la poussée hormonale,
- une transformation du corps qui devient un corps d'adulte,
- l'apparition d'un champ assertorique hormonodépendant.
Simultanément à cela, l'enfant change de statut, il doit faire le deuil de son corps d'enfant ; il devient socialement un futur adulte et doit se constituer une personnalité spécifique d'adulte à partir de sa culture, de ses interdits, des modèles familiaux dont il doit aussi se démarquer pour assurer sa propre spécificité.
On aborde donc là une période très sensible au sein de laquelle s'ouvre un champ assertorique hormonodépendant qui engendre une excitabilité et demande à être représentatif de quelque chose. L'ensemble des problèmes sus-cités va constituer la problématique de l'adolescence et son avenir d'individu sera totalement déterminé par le contenu futur du champ assertorique hormonodépendant.
Quelles seront les différentes possibilités de contenu ? Pour cela le plus simple est de prendre des exemples.
Laurent est un enfant qui n'a pas de problème particulier, il sait ce qu'est la sexualité et n'y voit pas de consonance péjorative ; il a ses petites passions sans que ces dernières soit un refuge. Ses parents constituent un couple acceptable, aucun d'eux n'a de trouble important de la personnalité. Dans ce cas de figure, quel que soit la personnalité de Laurent, on peut s'attendre à un minimum de problème au cours de son adolescence. Le jeune homme aura une mosaïque de possibilités de représentation à offrir à son néo-champ assertorique ; ses possibilités s'articuleront directement sur la réalité extérieure sans qu'il y ait d'interdit ou d'inhibitions majeures.
Pierre est un enfant introverti, il est écrasé par l'autorité de ses parents et cette autorité quil exprime au-delà du rationnel est le fait de personnalités pathologiques. Cet enfant a pris l'habitude de rêver beaucoup pour compenser l'interdiction d'expression. A l'occasion de la puberté, un champ assertorique va s'ouvrir, entraînant une excitabilité et imposant la recherche d'une représentativité. L'avenir de cet enfant va dépendre de ce qu'il aura à sa disposition : une sexualité sans interdit, une ou des passions, un sport ou simplement sa vie intérieure. Le champ assertorique sera potentiellement beaucoup moins riche que dans le cas précédent. Si la sexualité est un sujet tabou et que l'enfant ne sait pas en parler à l'extérieur de la maison, si l'enfant n'est pas sportif, il ne lui reste que ses passions ou ses rêves qui sont la base d'un potentiel vécu fantasmagorique ; ce vécu va sépandre dans son champ assertorique, plus la part de rêve y sera importante, plus l'adolescent sera décalé par rapport à la réalité. Tous les cas de figure sont possibles, allant d'un comportement normal à un comportement incompatible avec une vie sociale, cela du fait d'un vécu plus ou moins délirant et/ou plus ou moins exprimé. Pierre, sa personnalité, son milieu familial, en font un sujet à risque mais le modèle exposé n'est pas exhaustif, ainsi on trouve également des sujets à risque dans des milieux où l'autorité est inexistante, où l'enfant ne trouve pas de règles familiales de vie, donc un vide référentiel et pas de limite à tester lors de l'élaboration de la personnalité.
Quelles sont les applications possibles du schéma pathologique que représente Pierre ? Il serait fastidieux d'élaborer toutes les hypothèses physiopathologiques susceptibles de naître de cet exemple d'autant que toutes les nuances psychiatriques sont possibles, aussi vais-je utiliser des exemples extrêmes de constructions correspondant à des pathologies extrêmes, laissant au lecteur le loisir de construire les états intermédiaires. Je commencerai par la schizophrénie.
La schizophrénie est une affection mentale caractérisée par la particularité qu'a le malade de ne pouvoir éprouver un sentiment sans simultanément éprouver le sentiment contraire : " je t'aime, je te hais." Ce patient est globalement ambivalent, il est considéré comme délirant, c'est à dire que sa démarche intellectuelle n'est pas logique, elle est constituée de "coq à l'âne" par opposition à un délire paranoïaque, dit systématisé et qui se caractérise par une démarche intellectuelle logique élaborée à partir de bases fausses.
Quelle configuration de champ assertorique peut-on proposer qui réponde à cette affection ? On trouve une hypothèse dans létymologie du mot "schizophrénie" qui signifie "esprit divisé". En effet imaginons chez un même individu deux champs assertoriques distincts sans relation aucune, l'un des champs correspond au vécu authentique, l'autre au vécu imaginaire. L'individu pourra avoir une personnalité double si chaque champ assertorique contient suffisamment d'éléments pour constituer à lui seul une personnalité. Si aucun lien n'existe entre ses deux champs et si le champ du vécu imaginaire n'a pas en lui une participation du réel, la personne ne devrait pas être très handicapée par cette double personnalité. La littérature psychiatrique décrit un exemple de ce type par une phrase très simple : "les pieds par terre, la tête dans les étoiles".
J'ai pour ma part un exemple assez parlant : je suis appelé un jour chez une de mes patientes pour un état d'agitation ; cette patiente était une dame rangée, bien pensante, âgée d'une soixantaine d'années et vivant avec son mari et son dernier "enfant" âgé d'environ vingt cinq ans. L'état d'agitation était une bouffée délirante qui durait depuis la veille et dont l'expression était sexuelle, la femme se comportait de façon obscène, elle était nue et proposait à son mari en des termes appropriés toutes sortes de relations sexuelles, cela sans la moindre gêne vis à vis du témoin que j'étais. Cet état dura prés d'une semaine et jeus le temps de constater qu'il y avait là une construction mentale qui n'avait pu se faire en un jour. J'ai revu cette dame à distance de la bouffée délirante, elle se comportait avec son mari comme si rien ne s'était passé ; Lorsque son mari ne l'accompagnait pas, elle ne parlait jamais directement de cet épisode mais uniquement par sous-entendus : "je ne vous dis rien mais vous savez docteur." Tout me laisse à penser que cet ictus n'était que l'extériorisation d'une vie intérieure fantasmagorique.
Cet exemple n'est pas une schizophrénie par définition, la structure mentale de cette dame ne lui permet pas d'éprouver simultanément des sentiments contradictoires en dehors peut-être de sa vie sexuelle. Par contre, si on imagine deux champs assertoriques bien distincts sous-tendant deux personnalités élaborées autour d'un vécu réel et d'un vécu imaginaire, le vécu imaginaire trouvant son essence dans la vie de tous les jours, on peut parfaitement imaginer une structure mentale schizophrénique.
Une de mes patientes présente une structure de ce type, elle est considérée comme délirante. Cette dame a une vie sociale très fruste, réel et d'un vécu imaginaire, le vécu imaginaire trouvant son essence dans les médias. Elle a avec la plupart des autres habitants des rapports minimums parfaitement adaptés et cohérents. Ses amis d'enfance, le médecin, le curé ont avec elle des rapports plus élaborés car elle leur fait part de ses délires ; une de ses amies m'expliquait qu'au début de chacun de leurs contacts, elle lui interdisait de parler de ses délires et ma patiente reprenait sa conversation sur un mode parfaitement adapté à la réalité. Les propos que me tient cette patiente sont totalement décousus, elle parle d'un professeur imaginaire qui la soigne, de ses médicaments qui lui font du bien mais qui lui font aussi du mal, elle parle ses proches qui l'aiment mais qui ne l'aiment pas, elle parle des médias qui la surveillent et qui parlent d'elle, elle craint que les portes du paradis ne se ferment pour elle. Au cours de ses monologues, elle utilise des mots en dehors de leur sens originel. Ses propos paraissent toujours incohérents. En l'interrogeant, on s'aperçoit que cette brave dame situe le départ de ses problèmes au cours de son adolescence. A cette époque, elle est une jeune fille honnête, religieuse pratiquante, soumise à une éducation qui lui interdit de mal penser. Elle fait allusion à une pensée coupable, à un traitement que lui aurait délivré une pharmacienne et qui l'aurait rendue malade. A ses dires, ce traitement aurait été une punition sciemment donnée par la pharmacienne, il continuerait à agir et la "durcirait" ; les plus hautes instances terrestres auraient été mises au courant de cette pensée coupable et à tous les niveaux, des gens la défendent et d'autres la condamnent. Toute sa construction est articulée sur le réel, elle se rend responsable des catastrophes naturelles comme des guerres ou de la famine. On est donc très loin de cette autre patiente à la sexualité imaginaire, exempte de tout lien avec "l'extérieur".
Si on raisonne en terme de champs assertoriques, ma patiente a une pensée qui s'exerce sur deux champs assertoriques très liés et aux contenus totalement différents, parfois opposés. Ainsi, l'image de ses proches appartient aux deux champs assertoriques ; Quand elle en parle, sa pensée a accès simultanément aux contenus de ses deux champs, d'où la genèse de cette ambivalence pathologique. Le contenu du champ assertorique pathologique a été généré par peu de chose : une mauvaise pensée, réelle, l'impression que la pharmacienne avait devinée, impression confirmée par le fait que cette dernière la puni avec un médicament inadapté. La pharmacienne a dû raconter cela à une autre personne et, de fils en aiguille, le président de la république en a été averti. Depuis ses partisans et ses détracteurs s'affrontent dans un bain de sang. Il est vraisemblable que cette version de sa vie s'est élaborée à un âge où elle n'avait pas la notion des dimensions planétaires ; Du fait de son "affaire", au moins dans ce champ assertorique, la planète Terre a gardé des dimensions puériles. Une personne souffrant d'une psychose paranoïaque aurait eu non pas deux champs assertoriques mais un seul constitué de bases fausses et sur lesquelles se seraient constituées de façon logique une biographie paranoïaque.
ASPECT PSYCHANALYTIQUE DE LASSERTORISME
Ce concept offre également une possibilité de modélisation de la psychanalyse. En enfin, il se dégage clairement 2 niveaux dacquisition pour un même individu : le niveau accessible à la conscience et le niveau assertorique. Le niveau assertorique qui correspondant aux neurones activités et facilité, à travers lesquels le flux nerveux ne fait que passer, est à lorigine de la stimulation des neurones activités mais pas totalement facilité, neurones à travers lesquels se fait la prise de conscience. Les neurones facilités peuvent à nouveau être accessible à létat de conscience s'ils perdent une partie de leurs afférences facilitatrices. Ce peut être le rôle de lanalyste, ce peut être aussi la raison pour laquelle les personnes âgées victimes dun vieillissement cellulaire retrouve des souvenirs oubliés ou considérés comme tels.
A travers cette approche, on perçoit donc que lon peut faire évoluer un individu dans des problématiques aux racines inconscientes, assertorisées : lanalyse va avoir pour but de redonner accès à la conscience à des souvenirs générateurs dexcitabilité, de stress, de stimulations nociceptives, cest à dire aux neurones facilités responsables de ses phénomènes, et à travers une moindre facilitation, réorganiser linconscient du patient en reconstruisant dautres praxies non génératrices de stress. Si lanalyste oriente de trop son patient, ce dernier va "construire" autour du discours du thérapeute au lieu de creuser son inconscient. Si le thérapeute naide pas si nécessaire son patient, ce dernier risque de construire et de s'orienter vers de fausses voies et interprétations. Le phénomène de construction peut soulager le patient mais il s'y agit alors, non plus danalyse mais de psychothérapie de soutien.
Fonctionnement analogique du cerveau : de lanalogique au logique.
La pensée élaborée évolue de façon relativement logique. Cette évolution est le résultat dun apprentissage avant lequel la pensée évolue de façon analogique en labsence déléments éducatifs extérieurs. En dautres termes, pour solutionner une problématique nouvelle, la pensée va évoluer sur le champ de conscience sur un mode du type "jen ai marre-marabout-bout de ficelle etc. cest à dire de point commun en point commun en labsence de toute logique. Le tri se fait alternative par alternative jusqu'à une solution acceptable. A ce moment, une voie préférentielle se dégage, constituant lapprentissage "logique". Exemple : le nourrisson a faim, il ne se sent pas bien, la tété le soulage. Il tendra pour un temps à utiliser la tété pour soulager toutes les sensations nociceptives. Plus tard, il adaptera des solutions plus adaptées à chaque situation mais le réflexe buccal générateur d apaisement persistera toute sa vie sous la forme dun comportement analogique.
Le fonctionnement analogique de la pensée persiste au niveau de rêve et cest peut être ce fonctionnement analogique qui permet la résolution dexcitabilité générée la journée à loccasion de problématiques diverses mais que les mécanismes inhibiteurs acquis antérieurement empêche de résoudre, cette résolution nétant pas nécessairement obtenue sur un mode dit "logique " mais peut être sur un mode sensoriel, émotionnel...
Evolution du vécu sensoriel, le passionnel, la représentation psychique.
Avant lacquisition de la logique et avant lacquisition de présentations psychiques, le nourrisson vit à travers des sensations agréables ou désagréables, sans représentation psychique, engendrées par les organes sensoriels. Une grande partie de ses sensations, intriquées entre elles, vont progressivement trouver des représentations psychiques spécifiques. Ces représentations psychiques vont elles-mêmes s'intriquer pour constituer le vécu individuel. La totalité des afférences sensorielles ne vont pas obligatoirement trouver de support matériel cartésien, de même, certaines garderont leur spécificité. On verra donc parfois s'associer des représentations psychiques bien matérielles à des éléments sensorielles de consonance agréable ou désagréable, mais sans représentation psychique. Ses sensations engendrées par les organes des sens sollicités, pas toujours de façon consciente, engendre ce que lon appelle limpression et qui va dune simple excitation de létat de veille à la passion.
La consonance agréable ou désagréable, engendrera tôt dans lévolution de lindividu des choix comportementaux et de personnalité. Les consonances désagréables engendreront des non-acquisitions du fait de laction inhibitrice sur les acquis du système nociceptif central. On peut imaginer que certains vécus sensoriels de la petite enfance peuvent engendrer des traumatismes. Le conte fantastique, horrible, effrayant, joue alors un rôle fondamental dans lévolution de lenfant. Les parents, à travers la narration et lapport de ces contes, vont permettre à lenfant de transférer, au sens psychologique du terme, ses sensations nociceptives sans représentation psychique sur un support fabuleux, support que les parents évacueront en attestant de lirréalité de lhistoire quils ont narrée.
Ces traumatismes sensoriels de la petite enfance, en fonction de leur précocité, de leur intensité et de leur non-résolution à travers un support rationnel (le conte par exemple), pourraient être à lorigine de phénomènes autistiques ou détat névrotique chroniques ou dun simple état morose permanent, lindividu vivant sous un climat "nociceptif" prédominant. La différence entre ces différents états se ferait essentiellement à travers les alternatives et possibilités cognitives au moment de lagression ou des agressions. Ainsi, un traumatisme très précoce dans lévolution évoluera plus vers un autisme que vers une pathologie névrotique
De même, à partir de ce schéma, on peut imaginer des situations bipolaires où lindividu évoluerait dun état maniaque à un état dépressif sous leffet de stimulations centrales fluctuantes, hormonales par exemple ou lumineuses, ces stimulations étant déterminantes dans la facilitation du flux neuronal. Laspect parfois délirant de la maladie et le fonctionnement analogique de la pensée de ses patients en période de crise laisse supposer que la ou les substances incriminées, ont sur le cortex un effet désinhibiteur intense outre laspect de sensibilisation comportemental. Le sevrage de ses hypothétiques facilitateurs du flux engendrerait fort logiquement un état de deuil, (ou dépressif) des champs assertoriques qui ne seraient plus accessibles à la pensée On retrouve dans ce schéma la difficulté à classer cette maladie.
APPROCHE ANALOGIQUE DE L'HEROINOMANIE
Les opiacés sont des produits à effet dopaminergique positif. Ils agissent en générant daprès les consommateurs une sensation de "bien être infini".
A travers un effet facilitateur, ces produits ont probablement la particularité de permettre l'expression de champs assertoriques et leur évolution, cela s'exprime probablement à travers les phénomènes de "sensibilisation comportementale". Les opiacés n'ont pas de représentation psychique spécifique chez leurs consommateurs, il n'existe qu'à travers les comportements qu'ils facilitent ou induisent.
Lappétence et l'usage régulier de ses produits touchent des personnes fragilisées de diverses façons : dépressions réactionnelles ou névrotiques, psychoses, traumatismes. L'effet du produit est divers, antipsychotique ou sédatif, permettant de supporter un accès délirant ou une problématique passagère.
Dans les troubles générés par des problématiques névrotiques, les pathologies familiales de non-dit ou de "secret" ou l'enfant ressent le trouble parental mais n'a pas accès et n'aura jamais accès à l'information, l'expression qu'il en donne est une angoisse ou une excitabilité sans représentation psychique. Le nourrisson, l'enfant ou l'adolescent, à travers son évolution "traite" le malaise des parents et/ou grands-parents de façon inconsciente, assertorique, c'est à dire de façon automatique, sans qu'il en ait conscience, évoluant dans l'agir ou au contraire dans le repli.
On constate donc l'existence d'un champ assertorique rapporté à cette problématique, sans représentation psychique, mais générateur d'excitabilité, excitabilité qui s'exprime de façon analogique, consciemment, sur un mode nociceptif, à travers ce qui à une représentation psychique et plus particulièrement les problématiques du moment. L'arrivé d'un produit sans représentation psychique tel que lhéroïne, générateur d'excitabilité à travers la sensibilisation comportementale induit par analogie une reconnaissance et un rapprochement immédiat. L'aspect dopaminergique, c'est à dire satisfaisant, plaisant, par opposition avec l'aspect nociceptif du champ assertorique précédent, est déterminant dans la poursuite de la consommation. La sensibilisation comportementale induite va faire "bouger" le patient mais il n'est pas évident que cette nouvelle activité soit plus soignante que les activités ou replis précédents. Par contre la collectivité et la famille va sintéresser à son cas et c'est plus à travers cela que le patient ou le groupe va se soigner.
Tous les produits à sensibilisation comportementale sont susceptibles de répondre à ce schéma ; ( cocaïne et amphétamines, alcool, benzodiazépines). Leur usage social ou médical fait que souvent la collectivité s'en désintéresse sauf trouble comportement engendrant une gêne du groupe.
Les psychodylsleptiques tel que le haschich ou le LSD n'en font pas partie.
Le modèle de champ assertorique présente donc des caractéristiques suffisantes pour permettre l'élaboration d'un modèle "psychotique". Il nous manque l'autre grande famille pathologique de la psychiatrie qui est constituée par les névroses et les dépressions névrotiques. Ces maladies sortent un peu du sujet car elles se situent sur un autre plan du champ de conscience, plus élémentaire et dont la gestion se fait par des phénomènes inhibiteurs.
Dernière mise à jour le 02/03/99