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LE VECU ASSERTORIQUE A TRAVERS LA
MORBIDITE CORTICALE
ET LA PSYCHOPATHOLOGIE
Le modèle que nous venons d'aborder nécessite d'être affronter aux différentes spécialités auxquelles il se rattache. Certes il est tentant de parler immédiatement de maladies neurologiques ou d'affections psychiatriques mais le phénomène de la vie est dans la plus grande partie de sa durée un phénomène exempt de toute morbidité, il est donc logique de parler initialement du champ de conscience dans sa normalité.
INTRODUCTION
On a défini deux caractéristiques essentielles au champ de conscience :
On va appliquer ces deux caractéristiques à la vie d'un individu sain et voir quels en sont les intérêts.
Un enfant naît, il a un cerveau, des hormones, un champ de conscience généré par tout ce qui peut stimuler ses neurones, cest à dire autant les organes sensoriels que des molécules psychotropes d'origine endogène. La part sensorielle de son champ de conscience va s'organiser de façon analogique : il y aura des relations préférentielles entre les représentations sensorielles d'un même objet ou d'une même personne. Ainsi une voix, une odeur, une image, un toucher finiront par faire un tout représentant la mère ou le père par exemple ; larrivée d'une partie de ces éléments ouvrira à la pensée l'ensemble du champ représentatif. Le caractère assertorique fera qu'en aucune façon le nourrisson, devant ses éléments rassemblés, ne remettra en cause sa reconnaissance. Ainsi, à un stade précoce, le nourrisson sourira à un visage schématique représenté sur un papier par une bouche et deux yeux. Plus tard, il pleurera face à un étranger, il aura donc des images précises de visages.
Se posera ensuite le problème de la reconnaissance du monde extérieur comme n'appartenant pas à lenfant. Cest à partir de données acquises que notre nourrisson va se trouver en contradiction avec la réalité : son champ de conscience primitif, assertorique, ne lui a pas permis de considérer l'extérieur comme distinct lui-même. Le nouvel état de son champ de conscience va lobliger, pour des raisons de vécu "aversif", incontrôlable du monde extérieur, à remettre en cause cette assertion : sans cette remise en cause, il y a impossibilité d'évolution de notre bébé ; ce dernier va donc devoir "faire le deuil" de la partie erronée de son champ assertorique... C'est la première dépression dite du nourrisson. Cette partie archaïque du champ demeure néanmoins accessible à tout repli "autistique" de l'individu à venir.
Un petit être ne se résume bien sûr pas à une série de récepteurs sensoriels. L'apprentissage moteur va caractériser une grande partie de l'activité du nourrisson. La notion d'assertorisme y trouve une application particulière car, en effet, comment un cerveau peut-il matériellement contrôler la totalité d'un mouvement avec tous les algorithmes neuronaux que cela comporte ? Il existe nécessairement un tri dans les informations et seules certaines sont contrôlées avant et durant la mise en application d'une praxie.
Une grande partie de tout mouvement complexe n'est donc pas contrôlé. Alors, comment cela se passe-t-il ? Que contrôle le cerveau et par quel biais ? Quels sont les rôles du champ de conscience et de l'apprentissage ?
Regardons un enfant apprendre à utiliser un stylo. Il va d'abord devoir trouver le sens de la mine, puis reconnaître le capuchon qu'il va devoir retirer, puis comprendre que parfois le stylo peut ne plus fonctionner. La répétition de chacun de ces obstacles va faire que les actes deviendront de plus en plus automatiques. A terme chacun de nous utilise un stylo et les gestes précédemment évoqués sont fait d'une façon tellement spontanée que nous serions incapables de dire si nous avons pensé à prendre le stylo dans le bon sens et à retirer le capuchon ; le fait est que nous l'avons fait et que nous n'en avons probablement pas eu conscience. Par contre, si le stylo se met à chanter, nous le remarquerons dans la mesure où ce fait n'est pas coutumier. On voit donc se distinguer deux types d'information :
- des informations apprises et acquises qui n'interpellent pas nécessairement la pensée mais qui sont gérées par le champ de conscience, hors conscience.
- des informations nouvelles qui obligatoirement accèdent à la pensée.
Les informations apprises et acquises sont l'aboutissement de l'apprentissage. A terme, elles aboutissement à des éléments de praxie se déroulant automatiquement, uniquement dans le sens "cerveau-muscle(s)". La pensée n'intervient et corrige l'acte que si un événement extérieur modifie le contexte dans lequel le cerveau a appris à fonctionner. Un tel déroulement sous-entend qu'en matière de praxie acquise l'acte précède la pensée et que la pensée n'a pas toujours accès à "l'acte".
Une telle déduction implique que les praxies sinscrivent après apprentissage dans le champ de conscience en qualité d'élément assertorique.
Cette hypothèse de déroulement de praxie s'appuie sur la notion de champ de conscience assertorique ; elle s'appuie aussi sur le fait que le champ de conscience n'est pas quelque chose de plat composé d'une foule de dessins retraçant la vie et les acquis d'un individu ; le champ assertorique est un volume cortical dans lequel s'établissent des voies préférentielles neuronales générées par les organes sensoriels et l'apprentissage et qui n'ont de représentativité que pour la pensée, l'activation simultanée de certaines de ces voies correspondront par exemple à l'image maternelle. Laboutissement de ces voies maternelles pourra être d'autres voies, praxiques, induisant tel réflexe de sourire ou dappel. Toutes ces voies sont en outre modulables par des phénomènes inhibiteurs qui imposent l'ouverture d'autres voies.
Avec lâge, les praxies deviennent de plus en plus nombreuses, complexes et intriquées, mais il n'y a aucune raison de penser que les règles puissent changer. L'assertorisme restera à la base de tout fonctionnement, de même que l'acte précédera toujours la pensée. Lexplication que l'on donnera de l'acte sera une rationalisation secondaire plus ou moins exacte.
L'enfant grandi pour devenir adolescent, les hormones sexuelles augmentent dans lorganisme, et cela de façon suffisante pour induire des modifications phénotypiques et comportementales. Les hormones sexuelles vont activer des groupes cellulaires et engendrer un ou des champs de conscience assertoriques hormonodépendants et souvent vides de représentativité. Les modifications corporelles apparaissant simultanément, vont devenir des éléments représentatifs potentiels au même titre que n'importe quel événement extérieur important traumatisant ou durable. A l'occasion d'une évolution normale, ladolescent, par analogie, va rapporter à ces niveaux champs cellulaires ses modifications sexuelles et il va y avoir naissance de la sexualité, cest à dire d'une excitabilité corticale importante et d'un potentiel organique sexuel.
Les conséquences d'une telle construction sont multiples. Tout d'abord, l'adolescent peut parfaitement greffer sur ces champs autre chose que ses modifications sexuelles. Il peut par exemple y attacher une passion. Cette passion pourra occuper une partie des champs hormonaux en concurrence avec son apprentissage sexuel, ce qui est banal. Elle pourra parfois y occuper tout le champ, il y aura alors un problème au niveau de sa sexualité organique. Ce problème se traduira par un désintéressement sexuel.
Dans ce dernier cas de figure, un élément traumatique délirant peut parfaitement s'inscrire dans ce champ assertorique comme pourrait le faire une passion. Lindividu va alors évoluer de façon psychotique. Habituellement, ladolescent va essayer d'assouvir cette nouvelle excitabilité en faisant fonctionner ses organes sexuels.
Dans le cadre d'une vie en société, il devra assujettir ses pulsions aux règles sociales en vigueur et apprendra sur les bancs de l'école, par le biais d'un professeur le rituel d'une relation sexuelle ainsi que ses aboutissants. La conséquence de cela sera l'intrication du nouveau champ assertorique hormonodépendant avec le champ assertorique initial.
Pour les animaux, la relation sexuelle ne s'apprend pas, elle va s'acquérir spontanément. En effet, lanimal va focaliser sur son organe sexuel ; les contacts tactiles qu'il va avoir avec ses congénères seront modifiés, polarisés vers une zone plus sensible, érogène, quil tendra à favoriser lors des contacts ludiques. Il en sera de même pour ses partenaires, les frottements se faisant préférentiellement entre organes sexuels. Les facteurs sensoriels interviendront dans le choix des partenaires, faisant une sélection analogique, (ressemblance visuelle ou odeurs). On est en droit pour certaines espèces, de se demander si les odeurs n'ont pas un effet d'analogue hormonal, induisant le réveil d'un champ assertorique "sexuel" et donc des modifications du comportement. Une réflexion naît de ce schéma :
Où est l'instinct sexuel chez lanimal, existe-t-il vraiment ? .
Chez l'homme comme probablement chez l'animal, le champ de conscience ouvert par l'imprégnation hormonale peut ne pas se rapporter aux modifications phénotypiques de lindividu, autant partiellement que totalement : une passion, une idéologie ou un délire peut occuper une partie de ce champ.
Durant cette période de la vie comme durant toute période de croissance, on est frappé par la soif d'apprentissage qui touche l'adolescent ainsi que par sa capacité d'évolutivité et on ne peut sempêcher de penser que ces champs vides jouent un rôle très important dans le potentiel de mémorisation de lindividu.
La suite de la vie, après la sexualité, est constituée par la grossesse et l'allaitement chez la femme. On retrouve là toujours le même schéma : Une poussée hormonale accompagnée de ses modifications comportementales, de son champ assertorique à la mesure des sécrétions hormonales et d'un élément nouveau qui est le ftus susceptible de révéler sa présence par ses mouvements. La mère va rapporter ce nouveau champ assertorique au futur nouveau-né et va, par anticipation, l'articuler avec l'avenir et donc sa biographie ou plus exactement son champ assertorique préexistant. Après la naissance, lors de la baisse des taux hormonaux circulants, la mère aura créée suffisamment les connections entre ses deux champs assertoriques pour que le dernier apparu subsiste en partie par le biais de ces liaisons et reste accessible à la pensée. Les parties du champ hormonodépendant qui n'auront pas constitué de liaison avec le champ principal disparaîtront du champ de conscience faute d'activateur hormonal ou axonal.
Chez les animaux, il n'est pas dit que la mère comprenne ce qui lui arrive lors de la gestation mais il est certain qu'elle rattache par analogie chronologique son excitabilité hormono-dépendante avec tout d'abord ses modifications morphologiques puis l'arrivée de ses petits.
Sans support culturel, la gestation doit être une période très anxiogène et la mise à bas accompagnée de la chute hormonale doit être vécue comme une délivrance. Toutefois, les animaux doivent ressentir comme la femme les mouvements ftaux et les reconnaître ainsi à la naissance comme l'expression de ce champ assertorique, doù dans la plupart des espèces évoluées ce transfert d'excitabilité vers le nouveau venu, sous forme de tendresse. On appelle communément ce phénomène l'instinct maternel.
Toujours par analogie, la mère appliquera le nouveau-né sur son ventre, retrouvant ainsi une partie de ses formes et de ses sensations, le bébé y retrouvera la chaleur et les bruits qu'il connaît déjà. Il s'agit toujours là de mécanismes dit instinctifs.
En ce qui concerne lallaitement, la mère trouve d'abord en la tétée un soulagement de sa tension mammaire, la justification d'amour maternel est secondaire ; on le voit parfaitement en cette période où les laits maternisés remplacent le lait maternel, sans nuire particulièrement au transfert mère-enfant.
Reste à comprendre pourquoi le nouveau-né tète dès le premier contact avec le sein ; à quoi correspond ce réflexe dit archaïque ? La réponse est certainement dans l'évaluation des capacités motrices du ftus et du nouveau-né et donc dans la variété des réponses motrices qu'il peut donner à toute excitation externe.
Après les grossesses éventuelles vient chez la femme en particulier, la ménopause. Ce phénomène se caractérise par une chute plus ou moins brutale des taux hormonaux, des modifications comportementales pouvant aboutir à une dépression et le maintient d'une activité sexuelle au moins dans l'espèce humaine.
La chute des taux hormonaux va révéler toute la partie du champ hormonal qui n'aura pas constitué de liaisons avec le champ non hormonodépendant ; les liaisons constituées seront tous les événements contemporains du champ hormonodépendant et qui, par analogie génitale ou sexuelle, lui auront été rapportés : il s'agira donc du cycle et de l'histoire génitale, de la biographie sexuelle et des acquisitions praxiques en rapport, et enfin du conjoint. La femme qui n'aura pas, par son mode de vie, réussi à rapporter tout son champ hormonal à quelque chose de concret, va se retrouver avec, parallèlement à son champ assertorique, un champ vide de représentativité, isolé, et en sevrage hormonal, donc un champ en état de deuil du produit. Ce champ qui est un champ de conscience va se traduire chez la femme son deuil par un état dépressif, pathologie classique chez la femme ménopausée.
Le phénomène d'andropause rapide n'existe pas à l'état physiologique chez lhomme. Sa survenue est plus tardive, plus progressive, voir inconstante, les phénomènes de vieillissement cérébraux venant s'y superposer.
Arrive fort logiquement à la sénescence et ses conséquences morbides. La vieillesse est considérée comme le deuil de la jeunesse, le deuil des performances et de la santé. Curieusement, ce deuil n'est pas toujours reconnu comme tel par la personne âgée et diminuée : on retrouve là une anosognosie de la décrépitude corporelle, anosognosie qui évite l'état de deuil. Cette anosognosie inconstante est caricaturale dans les démences. On en revient toujours au même mécanisme : Si le champ de conscience est amputé de multiples fractions de lui-même, cest à dire si le cerveau est abîmé, lindividu vivra moralement mieux, anosognosique, subissant tout au plus avec un sentiment d'étrangeté les interphases entre les praxies résiduelles et les praxies disparues ; Cela se traduira par des comportements inadaptés compulsifs ou incohérents.
Par opposition à l'altération du champ de conscience, une atteinte périphérique sera beaucoup plus lourde de conséquences sur le moral de lindividu. Quil s'agisse d'un cancer, dun infarctus, dune amputation ou d'une paralysie d'origine médullaire ou radiculaire, le patient sera en pleine possession de son champ de conscience pour évaluer la perte et donc le deuil de ses capacités corporelles en comparaison de ce qu'il est corticalement capable de faire.
Au terme de la sénescence, on trouve la mort que l'on définit psychologiquement comme le deuil de la vie.
Ce chapitre montre que l'on peut aborder de façon simple des phénomènes connus, difficilement mis en évidence par la psychanalyse, difficilement expliqués et parfois classé dans le registre "instinct" : Il parait indispensable à l'aube du vingt et unième siècle que chaque spécialiste remette en cause cette notion obscurantiste, archaïque que nous utilisons à tort et à travers pour éviter une réflexion voire pour asseoir la supériorité de l'homme sur l'animal, nous évitant ainsi de faire le deuil d'aberration culturelle de notre patrimoine assertorique.
Dernière mise à jour le 02/03/99