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DE LHYDRE A LHOMME
L'exploration des phénomènes naturels est riche d'étranges phénomènes qui posent le problème de la notion de conscience chez les animaux les plus primitifs et de ses possibilités de fragmentation. Certains animaux peuvent se trouver accidentellement fragmentés et générer à partir de chacun de ces fragments un nouvel individu. Cest le cas entre autre de la planaire, de l'hydre d'eau douce ou du lombric. Si vous fractionnez le corps d'un de ces animaux, tous ou parties des fragments vont repousser pour donner un animal complet et vivant. Ce phénomène de bouturage qui ne nous choquerait pas s'il s'agissait de plantes, nous choque parce qu'il sagit d'un animal, cest à dire d'une classe particulière dans l'évolution naturelle, classe qui semble à notre image être doté d'un certain libre arbitre et donc peut-être d'une pensée ou d'une sensation aussi élémentaire put-elle être.
Ce qui donc est perturbant est le fait qu'un animal doté d'une vague conscience, puisse se subdiviser en deux animaux distincts et donc en deux individualités de "pensée" autonomes. Une solution consiste à dire qu'il n'y pas de conscience chez ces animaux ou qu'il s'agit tout au plus d'une architecture cellulaire formée d'autant d'individus qu'il y a de cellules et que l'individualité de l'hydre par exemple n'est qu'une illusion à limage des coraux.
On peut aussi partir du principe que la conscience existe chez un tel animal. Se pose donc la question suivante : lequel des deux fragments est l'individu initial ? .La logique de ce travail voudrait que chacun des deux fragments soit porteur d'un bout de conscience et donc que finalement le champ de conscience, amputable chez lhomme, soit fragmentable chez des espèces où la vie de fragments de corps est possible.
A l'échelle humaine, il est utile de rappeler que le processus de "jumellisation" vraie s'apparente à ce type de mécanisme : à un stade très précoce de lembryogenèse, la morula, les cellules sont susceptibles de se scinder, chaque groupe de cellules étant à lorigine dun embryon puis à un ftus différent.
L'objet de cet aparté n'est pas de discuter de la conscience ou de la non-conscience des invertébrés et autres animaux primitifs, il est double :
- il a pour objectif de mettre en évidence des phénomènes dérangeants pour lesquels les réponses sont souvent des non-réponses simplistes parce que la logique poussée à lextrême nest pas culturellement acceptable
- il a pour deuxième objectif dutiliser ces modèles pour réfléchir sur le caractère un et indivisible de la pensée d'un homme.
Applications
Monsieur X a une lésion emboligène de sa carotide droite qui va sur plusieurs années détruire progressivement son hémisphère droit. A terme, il ne vivra donc plus qu'avec son demi-cerveau gauche. Monsieur X aurait parfaitement pu avoir sa lésion sur la carotide gauche. Dans les deux cas il aurait survécu moyennant des troubles du comportement et du fonctionnement très différent. La survie est due au fait que le lobe cortical manquant est resté irrigué.
Imaginons limpensable : un "chirurgien" décide de séparer en deux un homme dans le sens sagittal en "respectant" les afférences et efférences de chaque hémisphère ainsi que leurs irrigations. Il s'agit précisément de monsieur X. On sait par expérience chaque hémisphère de la victime est viable séparément, quel hémicorps sera alors monsieur X ?
Cet exemple a surtout pour objectif de mettre en évidence le caractère paradoxal de notre notion d'individualité de la pensée par rapport aux connaissances scientifiques. Le MOI est quelque chose de totalement artificiel qui ne doit son existence qu'à l'ignorance de ses limites, cest à dire à l'assertorisme.
Dernière mise à jour le 02/03/99