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LASSERTORISME
Il parait surprenant que deux spécialités touchant à priori la même structure organique, n'aient pas de symptomatologie commune. La psychiatrie comme la neurologie touchent jusqu'à preuve du contraire un même organe : le cerveau. Leurs symptômes semblent totalement distincts. Cette "désarticulation", paradoxale, est délétère pour la réflexion scientifique. Elle semble toutefois n'intéresser personne, comme si la neurobiologie devait à terme tout expliquer et assurer l'articulation entre ces deux spécialités médicales.
Pourtant une réflexion orientée et un peu poussée, amène à se poser la question de l'existence de symptômes communs ou très voisins, "souffrant" de dénominations différentes : les états anosognosiques et les états psychotiques, symptômes qu'il est intéressant de détailler avec un regard à la fois critique et rassembleur.
L'anosognosie.
L'anosognosie est un terme neurologique qui se caractérise par la méconnaissance d'un état morbide. Suite à une lésion corticale, l'individu va méconnaître une paralysie, un trouble sensitif mais aussi la perte ancienne d'un être proche ou sa non-reconnaissance. Cet état peut être passager ou définitif. L'exemple le plus célèbre est le syndrome d'Anthon-Babinsky avec cette femme qui "pourtant intelligente" méconnaissait complètement la paralysie de son hémicorps droit.
Le terme "anosognosie" définie un état déficitaire, c'est à dire touchant les performances physiques et intellectuelles de l'individu, état sur lequel ce dernier n'a pas un recul critique satisfaisant.
La psychose.
La psychose est un terme psychiatrique qui se caractérise par la méconnaissance d'un état délirant. En l'absence de lésion corticale, un individu va prendre pour argent comptant une interprétation erronée de la réalité ou des hallucinations. Cet état peut être passager ou définitif. Les psychoses hallucinatoires chroniques en sont l'exemple parfait. Le Q.I n'intervient pas dans l'approche critique de ces phénomènes.
Le terme "psychose" définie un état de construction délirante, c'est à dire touchant le vécu de l'individu, état sur lequel ce dernier n'a pas de recul critique satisfaisant.
Réflexions.
Le point commun entre ces deux symptômes est l'absence de recul critique satisfaisant. Le point essentiel de différenciation est que l'un des symptômes est déficitaire : Lanosognosie, alors que l'autre est "élaboratif" : la psychose. Entre ces deux entités se trouve la normalité.
Le fait que "l'absence de recul critique" soit commun à deux symptômes aussi distincts en apparence permet d'élaborer 2 hypothèses :
Si la 2ème hypothèse est exacte, cela signifie que "l'absence de recul critique" n'est pas un symptôme morbide mais une caractéristique physiologique du cerveau humain. On serait tenté de parler de limites assertoriques du cerveau humain, c'est à dire de limites en deçà desquelles le cerveau n'a pas de réflexion critique.
Possibles limites assertoriques physiologiques du cerveau humain.
La totalité des organes des sens a des limites assertoriques. Le champ visuel est très abordable : Nous voyons dans un espace angulaire limité, grâce à des rayons lumineux qui touchent des cellules rétiniennes dans la surface de réception n'est pas jointive. Pourtant nous avons une vision uniforme qui occupe la totalité de notre champ de conscience visuel.
Nous sommes donc visuellement anosognosiques des zones de "non réception lumineuse", qu'elles soient périphériques ou "interstitielles".
Cette logique s'applique à tous les organes sensoriels.
La notion de temps qui passe est également sujette à l'assertorisme cortical. Quelqu'un subit une anesthésie générale, entre l'instant où il s'endort et celui où il se réveille, il ne garde aucun souvenir et a l'impression que le temps ne s'est pas écoulé. Cette impression relative du temps qui s'écoule à des vitesses différentes, on la retrouve avec l'âge : Plus l'âge avance, plus les gens ont l'impression que le temps passe vite. Autre exemple, lors de certains événements traumatiques, les gens ont l'impression que le temps passe très lentement et ont la capacité de détailler en conséquence. L'interprétation que l'on peut faire de cela est que plus le cortex fonctionne ou est stimulé, plus le temps semble passer lentement, et, qu'il est anosognosique des périodes durant lesquelles il ne fonctionne pas, ce qui somme toute est logique. Ce fonctionnement engendre la sensation relative du temps qui passe et a pour base physiologique l'assertorisme cortical.
Quel intérêt y-a-til à s'intéresser à ce phénomène ?
Tout neurobiologique cherche des manifestations physiologiques directement témoins du fonctionnement cortical. Plus ces manifestations seront élémentaires et non composites, plus ils pourront s'appuyer dessus pour réfléchir. L'assertorisme est par définition l'impossibilité d'aller plus profondément dans la capacité de définition du sensoriel (définition au sens pouvoir séparateur), et cela pour une raison toute simple, c'est que l'on touche le récepteur central lui-même.
Un autre intérêt : l'aspect conceptuel.
Il n'y a pas au niveau du cortex que des récepteurs qui sont les reflets directs et uniques d'éléments sensoriels périphériques, la grande majorité des neurones est le théâtre de contacts privilégiés plus ou moins élaborés entre divers groupes de neurones sensoriels.
Ce peut être leur destruction qui amène telle ou telle anosognosie.
Les psychoses peuvent se concevoir comme des constructions à partir d'éléments assertoriques aberrants, éléments nés de vécus traumatisants et/ou de facilités mnésiques particulières.
Résumé
La psychiatrie et la neurologie sont 2 spécialités médicales qui, jusqu'à preuve du contraire, intéressent un même organe : le cerveau. Il est paradoxal de constater une absence de symptômes communs. Il est donc logique de s'interroger sur l'existence soit d'une nosologie différentes pour des symptômes identiques, soit sur l'existence de symptômes complexes spécifiques à chaque spécialité mais constitués d'éléments non repérés, communs aux deux spécialités et d'éléments spécifiques à chaque spécialité.
Les concepts de psychose et d'anosognosie semblent correspondre à la 2ème hypothèse. Ainsi la psychose peut se détailler comme un état de construction psychique pathologique associé à une absence de réflexion critique sur cet état. L'anosognosie peut se définir comme un état moteur ou sensoriel déficitaire associé à une absence de réflexion critique sur cet état.
L'élément commun : "l'absence de réflexion critique" semble exister à l'état physiologique.
Ainsi une perception sensorielle normale quelle qu'elle soit, a pour caractéristique de pouvoir donner l'impression d'occuper l'ensemble du champ de conscience. Hors, pour des raisons physiques, elle est limitée.
Ainsi, en l'absence de lésions périphériques, un individu n'a pas conscience des limites de son champ visuel.
On est donc en droit de définir une caractéristique physiologie du cerveau qui est "l'assertorisme cortical".
Cette notion physiologique a l'avantage d'être plus élémentaire, donc plus près du fonctionnement de base du cortex : il n'y a pas conscience s'il n'y a pas récepteur cortical. En corollaire, plus le récepteur est élémentaire, moins il y a de conscience critique.
Dernière mise à jour le 02/03/99