![]() |
Une partie de poker
Je vais
vous raconter une partie de poker...
Toujours en Poldavie ( ;-)) Alfred H. )
Toujours dans les seventies.
Attablé
au beau milieu d'un restau U pour tubards (là où on mangeait le mieux:
potage enrichi, viande-légumes, poires au sirop ;-) ), je jetais des regards
avenants à ma nouvelle conquête: svelte, sportive et complètement con :-DDD.
Je venais de la draguer vite-fait-sur-le-gaz pendant qu'elle me vendait un ticket
de restau U. Le temps de faire la file d'attente (j'aime pas dire la queue ;-D),
elle m'avait raconté sa vie.
- ...et le plus dur, c'est les entraînements...
Je la fixais une nouvelle fois: nez retroussé, menton en galoche, yeux rapprochés,
oreilles légèrement décollées...et les cheveux plaqués! Ses mollets hypertrophiés
de nationale de GRS (AOC poldave, à l'époque) n'avaient rien de sensuels et
faisaient un peu peur, pour tout dire :-D
- ... le plus dur, c'était de garder le souffle...
Elle avait les soufflets surmontés de jolis balconnets, mais la taille un peu
basse à mon goût :-/
- Il avait un carré de Valets !!!
Je jetais un regard courroucé au braillard de la table voisine et notai mentalement
la tronche patibulaire de ses deux compères. Des technos, probablement.
- ... et le plus dur, c'était la barre fixe...
Pauvre petite, il faudrait que j'abrège ses souffrances :-)
- Et j'ai abattu ma quinte floche majeure en pique !!!
Je me retournais vers le gougeât avec un sourire mauvais:
- C'est pas possible ;-)
L'autre, stupéfait:
- De quoi?
- La floche majeure.
- Pourquoi?
- Il faudrait un cinquième Valet :-D
L'autre, sidéré:
- Mais, mais...c'était...
Je pris pitié, devant l'air ahuri de ses copains:
- ...une floche blanche ;-D
- oui...
Je me retournais vers Tania avec un sourire:
- Le plus dur, c'est de manger tranquille ;-)) On va boire un pot ailleurs?
Elle se mit à débarrasser les couverts, le rouge aux joues. C'est dans la poche,
me dis-je; avec un peu d'imagination... :-)))), et je me levais à mon tour.
- Ça vous dirait une partie de poker?
Je considérais le trio, devenu silencieux:
- Avec vous trois?
- Par exemple.
Je réfléchis deux secondes: je venais de recevoir ma solde et j'avais des dettes
raisonnables:
- Trois heures chrono, chez moi, vous achetez 3 paquets de cartes neuves, pas
de prolongation, les perdants de 2 mises peuvent arrêter.
- On est d'accord.
Je jetais un regard apitoyé sur Tania qui s'approchait en me souriant timidement.
Après avoir fixé un rencard sans illusion à Tania, je m'enquis de quelques bouteilles de Vodka et jus de tomates.
À 9 h tapantes
les chips étaient distribués. Par précaution, j'avais fait venir un copain de
fac, armoire à glace, au cas où ça tournerait mal ;-). Il bouquinait dans un
coin de la piaule.
Ça a démarré sur les chapeaux des roues: fulls, carré, couleur!!! En un quart
d'heure j'avais perdu presqu'une mise :-((
C'étaient pas des enfants de coeur, loin de là! Bluffeurs, relanceurs de première,
ils montaient les enchères dés le premier tour. Dès que je payais pour
voir, un autre relançait. Si je me barrais sur une enchère, les autres se barraient.
Je ne pouvais quasiment jamais savoir avec quelle figure ils s'excitaient :-((.
Parole, passe. Parole, passe. J'étais obligé de passer à un moment où à un autre... J'ai préparé et exécuté un bluff majestueux, malheureusement, un lascar a réussi à faire un full max 2è variante (3 Rois et 2 As) et j'ai plongé.
Ils jouaient la combine à merveille!!! Très intelligemment et sans tricher. La combine. Le rouleau compresseur. J'étais foutu. Mon copain me jetais des regards furtifs pour m'inciter à abandonner et je regrettais amèrement mon aventure ratée avec Tania. Je pensais en enrageant aux copains qui allait se foutre de moi pendant un bon moment, sans compter les difficultés financières en vue (la solde y était quasiment passée).
Soudain,
un grand calme m'envahit. Je venais de comprendre. Je m'étais fait arnaqué!
Même leur bourde au restau U, c'était du bluff :-((((((
Les enfants de salaud!!!!!!! Bon, je perds la deuxième mise et on arrête.
Tout en réfléchissant à toute allure, je découvrais lentement mes cartes: paire d'As, 8, un As ;-), un As!!! Carré d'As servi, nom de Dieu! Du calme. Pourvu qu'il y en ai au moins un qui s'excite, que je me refasse un peu ;-D.
J'étais
en troisième position. Très mauvais, avec une pareille carte dans les mains.
Et il n'y avait même pas blind. J'allais commencer à maudire le sort, quand
j'aperçus une petite lueur dans l'oeil ordinairement glauque du premier.
Parole, qu'il dit. Parole. Jouant le tout pour le tout, je dis parole, d'une
voix calme. Ouverture. Ouffff! J'ai vraiment joué au con, ce coup là!
Fois trois, annonce le premier. Le deuxième suit. Je suis, résigné ;-D. Encore
fois 3, surenchérit le 4è (l'ouverture). Et encore fois trois pour le premier.
Le deuxième se casse. J'ai ta peau, cette fois-ci, mon salaud, jubilè-je intérieurement,
tout en faisant semblant de m'arracher les cheveux, puis je dis, sobrement:
j'y suis aussi. "L'ouverture" suit aussi. C'est le pied :-))
Deux cartes pour le premier. J'en demande une (je sais, c'est dégueulasse, j'aurais
dû jouer servi ;-D). Une carte pour le dernier. Parole, dit le premier d'une
voix un peu cassée (tu m'auras pas, mon pote). Un chip, dis-je d'une voix détachée
en le poussant vers le tapis. "L'ouverture" a failli s'étrangler! Il etait prêt
à relancer, selon un scénario bien rôdé et avec mon annonce je l'ai complètement
déstabilisé. Il balbutia quelque chose, puis dit "plancher". Et jeta un regard
désespéré vers le premier. Ce dernier blêmit (le plancher était énorme) et réagit
dans les 3 secondes réglementaires pour une relance: fois deux. Quel sang froid!
J'étais admiratif. Je le pris en pitié et dis, magnanime: je paye. "L'ouverture",
décomposé, passa. Fébrilement, le Premier éparpilla un carré de Dames sur le
tapis.
Pour la première fois de la soirée, je me permis un large, un énorme, un cruel
sourire et posai délicatement mes 4 As, séparés par un Vallet de Pique ;-D
Le silence
était atroce. Le premier à le rompre fut mon copain, assis au bord du lit:
"Eh, ben, mon vieux, je crois bien qu'il vont rentrer à poil, tes potes :-DDD"
"On a peut être été trop loin", commença le Premier, qui était de toute évidence
le *cerveau*.
"Oui, vous avez été trop loin", lui rétorquai-je, gentiment.
Ils sont repartis en me laissant 6 mois de solde et le lendemain matin étaient
là pour déconsigner leur montres, bijoux de famille, etc.. qu'ils m'avaient
laissés en gage :-)
Avec mon garde du corps, on a fait une fête indescriptible au restau hongrois que vous connaissez bien ;-D
Je n'ai
jamais revu Tania.
Je n'ai plus jamais joué avec des "Professionnels".
ED repenti
************
Dr Evguéni DIMITROV
27/07/00