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Minette


Je ne l'ai pas payé cher ce téléviseur mais il n’est pas terrible. Avec son antenne intérieure, j'ai le plus grand mal à capter Chanel Bi.

Minette a faim, elle veut son Minou‑Minou. Mon pantalon a des franges maintenant, elle l'a tellement griffé. Et cette TV que je n'arrive pas à régler, je n'ai que neige et chuintements, faudra que je me dépêche si je veux voir mon feuilleton à 18 heures. Minette me fait des câlins dans l'oreille gauche maintenant. C'est beau l'amour, faudra que je lui donne ses gouttes. Je me fraie un passage jusqu’à la cuisine et je lui ouvre sa boite avec un tebor tout rouillé.

Tiens ! La TV se remet à marcher, enfin il y a le son, mais, je ne comprends pas un traître mot. Minette me fixe de ses yeux bleus, humides de reconnaissance. Je lui sers ses boulettes dans une assiette sopalin, elle avale le tout en trois bouchées. Elle fait son petit rot, Ramdoulha, et saute sur le divan, pour lire le journal. Je ne m'y ferais jamais. Elle a la manie de lire le journal de la semaine dernière, jamais celui du jour. Ces chats angora des Landes ne font jamais comme tout le monde, ce sont des originaux. Maintenant elle me demande de venir m'asseoir à côté d'elle pour me faire un câlin. Elle perd ses poils et je vais éternuer. Enfin, je cède, comme d'habitude. Mais, qu'est ce qu'elle a cette télé, ce n'est pas Chanel Bi, je ne reconnais pas la speakerine, une jolie blonde. Qu'est ce qu'elle raconte la donzelle, elle ne parle même pas français. Et cette image qui est vilaine.

“Arrête Minette, tu me chatouilles, hé, hé ne touche pas ça !"

"Tovaritch, hé Tovaritchell“ mais c'est du Russe ça ! Pas possible, le communisme s’est effondré presque partout, et les speakerines parlent russe maintenant. On dirait qu’elle me fait des signes. ça y est, j'ai disjoncté, fini, juré j’arrête la Badois. Je m'approche de la télé, elle me fait toujours des signes, elle me parle et je ne comprends toujours pas le russe "ni piou ni mai", une autre speakerine rejoint la blonde, avec un fort accent russe, elle me dit :

"Merci, merci monsieur français d’être venu, merci d’écouter nous".   

Je suis scié à la base je m’assoie à même le sol devant l’écran et fixe les deux filles. Maintenant, je pense que je vais me réveiller. La blonde m'annonce :

"Je m'appelle Nadia, mon amie, c'est Diana, et vous monsieur français, vous appelez comment ?"

“Moi ? Mon nom, c'est Popaul“

"Popaul, c'est joli prénom".

"Heu, Mesdames, que faites‑vous dans ma télé ?"

“C'est une longue histoire, tout a commencé à Tchernobyl nous étions dans la salle des machines quand le réacteur a explosé. Nous sommes mortes sur le coup".

“Mais, si vous êtes mortes, que faites‑vous dans ma TV ?“

"Faut qu’on t’explique, Popaul, Mourir, n'est pas mourir !“

"Tiens v’la aut,'chose"

Quand tu reçois une dose de 4 millions de Rads suractivés, entre les 2 oreilles, tu ne meures pas, tu glisses, tu changes de dimension."   

"Nous existons toujours, nous avons retrouvé un tas d’amis, des Japonais principalement. Ils ont vu le grand soleil en août 45 à Hiroshima et à Nagasaki. Nous avons même rencontre des compatriotes irradiés à Baikenour en 74, et, chose encore plus surprenante, des Sahariens du 3 ème siècle après Jésus Christ"

"Ils avaient la bombe, les Sahariens ?“

"Non, je ne pense pas. Ils ont été aveuglés par un grand soleil, ils pensaient avoir été punis par leur dieu car ils commettaient le crime de bougrerie et faisaient subir les derniers outrages à leurs dromadaires"

"Pauvres bêtes"

“Nous avons également des Atlantes de la dernière génération parmi nous, ils ont sacrement souffert". Je pense que je perds la raison. Si une voisine entre et me trouve assis, taillant une bavette avec la télé.

Quoiqu'il en soit, elles parlent bien le français maintenant.

"Bien, vous êtes russes, vous vous êtes fait rôtir comme des poulets à Tchernobyl, et comme vous vous ennuyez, vous faites des émissions TV, C'est bien cela ?“

"Non, ne dites pas cela Popaul ! C'est le seul moyen que nous ayons trouvé pour communiquer avec votre monde, ça ne marche pas terrible les tables tournantes. Notre corps astral s'interpose entre la cathode et l’écran, nous sommes bombardés par le faisceau d'électrons. Mais, il faut que tu saches que cette pratique est épuisante, que notre corps astral s'amenuise à chaque "bombardement", nous ne pourrons continuer éternellement ces émissions. Nous avons essayé Internet, mais c’est trop complexe, même pour nous. Un jour nous trouverons un moyen d’utiliser le Web “.

Tout en se penchant en avant, Nadia rajoute : "si nous abusons de la télé, nous risquons de glisser dans une nouvelle dimension".

J'en profite pour jeter un coup d’œil dans le cœur croisé de Playtex. Pas mal la Russe. Minette en a assez d’être seule. "Avant, c’était le Minitel, puis Internet maintenant c'est la TV, tu ne t'occupes plus de moi. Aqueu je suis seule ce soir“ et de passer sa mauvaise humeur sur le pauvre sofa. Ce sont vraiment des saletés ces Angora des Landes, des vraies têtes de mule et de faux pieds de biche.

"Hé! Les filles, vous ne regrettez pas votre ancienne vie ?“

"Ah! Non, nous sommes heureuses ici, on a tout ce qu'on veut plus la peine de faire la queue pour un morceau de viande, plus besoin de ticket, de carte du parti. Ici pas de guerre, pas de misère, pas de Guy Lux. Il y a quelque chose qui me manque : la choucroute, ici elle n'est pas terrible, et ils mettent toujours des raisins secs ! C’est fou, non !

 J'ai peu de connaissances culinaires, mais, pour faire l'intéressant, je réponds :

"Ben, je ne sais pas moi, on met des raisins et des pois chiches dans la choucroute ?“

Minette est morte de rire, elle roule sur le tapis, elle fait même pipi. Je change de conversation :

"Si tout gaze aussi bien là bas, pourquoi voulez‑vous communiquer, au risque de vous dégrader l'électron ?“

"Nous comprenons très bien votre question, pourquoi faire tout cela ?

Tout d'abord, nous voulons rassurer nos familles, et, Diana veut à tout prix embrasser son mari, ils étaient mariés depuis deux mois quand ils furent séparés."

 "Embrasser son mari ! Ouuuuaii, c’est possible ça ? Car j’aurais 2 mots à dire à Nadia (et à son Playtex). L’écran de télé se zèbre, l'image disparaît. "Zut et zut, pour une fois que j'avais une touche ! Dur".

Rêveur, j’ouvre une boite de R & R, mais, je n'ai pas d’appétit, Minette finît la boite. Faut que je sorte. Il est tard, il fait nuit, le fond de l'air est épais, la brume colle à mes chaussures. Une rue vide, silencieuse, ma tête fume. J'arrive à un croisement il y a du monde, une sirène de la nuit m'accoste, "tu montes, chéri ?"

"Oh oui, on va dans la 4ème !"

"Ben non, je turbine au 1er, à l'hôtel du Chat qui Tousse".

"Tu me feras le coup de l'électron qui glisse ?"

"Mais, t’es louffe, encore un malade qui fait des trucs dégouttants".

L'ange du trottoir s’évanouit dans la brume. La lueur bleutée des ampoules à sacrant, efface tout relief, les trottoirs sont plats, les voitures et les maisons aussi, c'est très pratique, pour rentrer chez moi, je coupe au plus cours. J'ai hâte de retrouver mes amies cathodiques. Je suis au chomdu, je ressemble à Stallone, je transpire beaucoup, et pour moi, il est toujours 17 heures trente. Les filles me fuient comme la peste, d'ailleurs j'empeste. C'est décidé, je veux quitter ce monde cruel et rebondi, et glisser dans la TV

L'escalier de l'immeuble est plonge dans l’obscurité, les Trèbes du 2ème on encore piqué l'ampoule. J'ai les jetons dans le noir, et mes couronnes jouent des castagnettes, le cla‑cla de l'amalgame. L'irruption de l'ombre du reflet de mon âme sur la surface dépolie du dérèk, me glace d'effroi. Je cavale comme un barje et, essoufflé, j'entre en trombe dans mon flat. Minette se tord de rire, c’est toujours pareil, elle le sait que j'ai peur du noir, c’est peut être elle qui a piqué l'ampoule. Ils sont vaches ces Angoras des Landes, vaches et fourbes. Elle est allongée sur le sofa, elle boit du Cola et regarde les Tiny Toons sur la 3.

“Mais, tu m'as perdu ma chaîne, où vais‑je les retrouver mes Russes ?“

Je cherche ma chaîne comme un fou. Ha ! Non ce n'est pas un martien qui hurle à la lune après s'en avoir coincé une dans l'escalator, c'est Bernard Tapi qui parle politique. Guy Lux, Druker, mince, je ne retrouverai pas, mes slaves. Saleté de chatte !

 Je me souviens que mon décodeur était branché, quand j'ai eu le fameux contact. Je branche donc mon appareil, un peu de neige, et hop! Revoilà Madia. Je suis ravi. "Coucou, me revoilà !“

"Mais, Popaul, on t'attendait"

"Au fait, si vous pouvez entrer dans ma télé, vous auriez bien pu également entrer dans la télé de votre famille en Russie ? Pourquoi moi ?"

"Il n'y a que dans ta télé qu'on arrive à passer".

J’éteins le décodeur et hop! Plus de Nadia. Je rallume l'appareil, revoilà mon amie. Elle est furax,

"Qu'as-tu encore fait, tu as coupé la TV pendant notre conversation, je me suis retrouve coincée dans un couloir étroit et très sombre, ne refais plus çà !“

"Mais non, J'ai seulement débranché le transcoder de Chanel bi !"

"Ce transcoder est une porte inter‑dimensionnelle, il doit être spécial.“

"Un peu qu'il est spécial, c'est moi qui l’ai fabriqué, il est un peu pirate. D'ailleurs, je n'arrive jamais à capter Chanel bi, avec. Faut dire qu’un jour, quand je le fabriquais, j'ai fait tomber du café sur le circuit imprimé, je l'ai lavé à grande eau dans la baignoire, et pour le faire sécher, je l'ai mis au four à micro‑ondes. Il sentait le cramé, après la séance. J'ai du fabriquer cette porte cosmique bien malgré moi. Mais, je ne saurais pas le refaire, le modèle est donc unique.

"Diana, veux-tu que je téléphone à ton mari ?“

“Ha oui, Popaul ce serait tellement gentil !".

Je téléphone en PCV chez les Russes et je couple le téléphone et la télé. Le mari de Diana a eu un saisissement, quand il a entendu la voix de son épouse tant aimée. Il est tombé violemment sur le tapis, il a eu quelques mouvements convulsifs, et il a faillit quitter notre monde cruel. Comme il avait perdu la parole c'est sa sœur qui a du discuter avec Diana. Une fois la conversation terminée, mes deux amies me disent qu'elles ont beaucoup souffert de ces séances de communication, qu'elles sont à bout de potentiel, si elles restent encore un petit 1/4 d'heure, elles se retrouveront dans une autre dimension. Je comprends leur problème, mais je suis extrêmement triste à l’idée de perdre mes amies.

Des Japonaises fort mignonnes se joignent aux deux Russes pour entonner un chant d'adieu très joli, très émouvant. J'en ai les larmes aux yeux, Minette est, elle aussi très émue. Elle ne bouge plus, ces yeux traduisent un désarroi, bien inhabituel chez elle. J'ai juste le temps d'enregistrer le dernier couplet, l'image devient moins nette, toutes mes amies me font des signes de la main, puis, plus rien.

Je reste un moment devant l’écran, sans bouger, triste.

Mais, je dois me rendre à l'évidence, je ne les reverrai plus. A moins que….

A Forbach, il y a eu un terrible accident, 2 pauvres jeunes hommes sont dans un état désespéré, ils se sont retrouvés dans le champ d’un accélérateur de particules. Ce drame me donne une idée.

A Pierrelatte, il existe une usine atomique avec un réacteur très puissant.

Minette, prends tes affaires, on voyage, on visite la Drome

J'ai vendu mon téléviseur et ma collection de porte‑clefs, J’ai récupère les sous que ne devait Emile et me voilà parti avec Minette, ma fortune et beaucoup de vague à l'âme. J'ai un gros, très gros sentiment pour Nadia.

J’ai mis ma veste bleue de treillis, avec mon badge et mes galons, le seul souvenir qu’il me reste de mon service militaire.

Je n'ai pas beaucoup de sous je m’arrêterai avant la Drome. Un instant, je pense à me rendre sur le plateau d'Albion, ce sont des militaires, il sera beaucoup plus facile d'entrer, mais, malheureusement, ou heureusement, je crois que plateau d’Albion a été désarmé.

 Le train est peu rapide, il est plein. Dans mon compartiment il y a un paysan, une jeune fille style couvent des oiseaux, deux pascoules outrageux, deux vieilles dames à varices et un jeune de 17 ou 18 ans. Cette jeune personne a une grande mèche de cheveux, graisseuse, elle cache en parti un front très boutonneux. Son jean est luisant de crasse, ses chaussures à bout pointu n'ont jamais connu le cirage. Il est affalé sur le siège et son derrière gène la mémé qui est à côté de lui. Il a un walkman, il le règle si fort que j'entends la musique, à 2 mètres. Quand je dis "musique", je suis gentil, car le groupe heavy metal" qui a composé ce morceau devait avoir fume pas mal d'herbe pour atteindre un tel sommet dans la cacophonie. Il a les yeux, fermés et bat la cadence avec sa tête tout en émettant de temps à autres, des petits “toum toum". Il renifle et s'essuie le nez avec la manche amidonnée de son blouson en jean. Il se gratte souvent la tête, à chaque fois il "va au résultat“, il regarde ses ongles (en deuil) pour voir ce qu'il ramène. Manifestement il gène les deux mémés qui roulent des yeux effarés, surtout quand le jeune homme fourrage dans sa braguette( qui n'a plus de bouton) pour se gratter l'entre‑jambe. Le temps passe vite grâce à ce spectacle qui m'est offert. Le train s'arrête dans une petite gare quand un jeune homme en jean et souliers pointus s'arrête devant la porte de notre compartiment et appelle notre boutonneux

"Hé! Tu viens Billy ?“.

Les deux mémés poussent un ouf de soulagement, elles n'ont pas fini d'expirer qu'entre un jeune rasta sans âge, il a un sac en peau de spèque d'où sort la tête d'un petit potune. Pourvu que Minette ne voie pas le potune, elle n'arrive pas à les saquer. Elle dort tranquillement. Le rasta, qui nous dit être magolais, discute avec les deux pascoules, il a l'air d'être très calé en astro‑physique. Parfois une jeune pascoule sort un carnet et prend quelques notes. Je descends en Avignon, il fait beau, mais les cigognes ne sont pas encore revenues. Les marchands des 4 saisons hurlent dans une foule compacte. Une jeune femme qui porte des lunettes traverse la Grand Place en chantant "Saga africa ambiance de la brrrousse, attention les secousses", je suis donc sur mes gardes.

Je remonte la rue Raspail pour atteindre les remparts, Minette dort tranquillement dans mon sac à dos. Des chiens aux mœurs incertains se parlent à l'oreille. Un porte matraque à chapeau bleu, surveille tout ce beau monde. D'une voix mielleuse le demande au shérif la conduite à tenir pour rejoindre la route du nord. Le brave homme a du mal à s'expliquer, il se perd dans un dédale de "tourne à droite", "tourne à gauche".

Pour finir, gentiment, il se propose pour me déposer à la sortie de la City. C'est donc pimpom hurlant et gyrophares excités que je me dirige la route du nord. Devant mon air étonné, le porte matraque m'explique qu’il avait remarqué mon insigne sur la veste. Lui aussi est membre de la congrégation des "Baroufleurs du 15“, il me montre son pin's qui était sous le revers de son blouson. Il ne peut pas l'arborer sur sa tenue de service‑service. Le Shérif conduit très vite, il évite de justesse un homme qui sifflait en travaillant sur un trottoir. Mais, la biche qui traverse la route à moins de

chance. Il l’empafe fond la caisse, la voiture a pris un vieux coup, mais la biche ! Le porte‑matraque est très ennuyé, sa belle voiture rouge est pleine de sang maintenant. Il débite un tas de gros mots et se met à baver.

Le porte matraque conduit vite, mais il est sympathique. Quand il me demande où je vais, je lui raconte tout, du décodeur, jusqu'au chant d'adieu. Je suis inquiet, j'attends sa réaction. Il s’arrête brutalement et se gare sur le trottoir, il va sûrement me virer, manu militari. Mais non, au contraire, il me serre la main et me dit :

"Appelle-moi Eric !", je lui réponds, du tac au tac

"Moi, c'est Popaul !“

"Popaul, où tu iras, J'irai". J'explique à Eric : "mon projet, est d'entrer dans un réacteur a champ isotopique, la violence brutale du faisceau radio actif m'expédiera dans une autre dimension où je retrouverai Nadia, la fille de mes rêves. Voilà, ce n'est pas plus difficile".

Pour fêter la naissance d'une nouvelle amitié, Eric va acheter 2 bouteilles de Perclo dans un SuperMarket. Minette dort toujours. Près de la voiture, dans un parc fleuri, trois jeunes tambours qui revenaient de guerre s'amusent à "cours après moi que je t'attrape". Eric, jovial la casquette en arrière revenait avec ses deux bouteilles fumantes. Woouaao, le Perclo décape nos gorges de moineau, rapidement, il nous rend gais. Mon copain, d'une voix grave entonne "le chant des bâtons, puis "on the road again" et nous repartons. Nous reprenons la route du nord. J'explique à Eric que l’expérience que nous allons tenter est fort risquée, les chances de réussite sont très minces, mes paroles n'entament pas son moral.

"Tu sais Popaul, je suis flic, un métier comme un autre, je n'ai pas à en rougir. Mais, avant d'être policier j'étais dans les centuries de Perdor!"

"Quoi tu étais avec le bourreau des Esphelides ?"

"Et oui j'étais engagé volontaire, j'avais 20 ans, je sortais d'un chagrin d'amour."

"Tu as quel âge now ? "

“26, mais j'en parais 40, j'ai passé de mauvais moments, Perdor nous en a fait voir. J'ai passe plus de 2 ans dans le grand Erg. On vivait comme des chameaux, on mangeait peu, on buvait beaucoup. On a traqué les Esphelides et les chambas jusqu’à la frontière  des grands vents. Ma cohorte avait été décimée lors d'une embuscade Esphelde. On escortait une caravane de colons qui voulaient s'installer dans les terres neuves du Pays Halden. Il y avait des femmes, des enfants et des dysplants. Une nuit les mages Espheldes s'étaient réunis, ils utilisaient un psycho‑ampliphier, à plus de 5 kilomètres ils ont réussi à endormir toute la caravane, même les dysplants n'avaient pas résisté à ce sort de level 6. Les Esphelides n'eurent aucun mal à nous attaquer pendant notre sommeil. Ils massacrèrent toute la colonne, je fut le seul rescapé, m’étant éloigné pour satisfaire un besoin tout naturel, je me suis endormi entre deux pierres.

Je ne suis réveillé piqué par le soleil, surpris par le silence. J'ai du attendre deux jours pour être secouru par une navette de ravitaillement. Perdor ne voulait pas me croire quand je lui parlais de sommeil brutal. Je passais deux mois en forteresse, quand une nouvelle colonne subit le même assaut cérébral. Mais les mages Espheles avaient mal dosé leur psycho‑amplifieur et la moitié des soldats ne dormaient pas. Ils firent semblant d’être endormis quand les Esphelides approchèrent sans méfiance, ces derniers en prirent plein la figure. Je retrouvais le grand air, mais, ce fut pour me retrouver dans une cohorte qui attaquait le camp retranché Esphelde. Des prisonniers avaient parlé. Ce fut une véritable boucherie, et tu connais la suite. Les centuries furent dissoutes, je retrouvais la vie civile sans un sou, la tête pleine de mauvais souvenirs, j'étais au chômage. Je fus heureux d'entrer chez les porte matraque. Maintenant, je suis heureux d’en sortir. Alors, tu comprends, ton canon à électron ne me fait pas peur."

"Bien, alors, allons‑y".

Nous n'avons pas mangé depuis la veille, je n'ai pas bu mon sacro‑saint café des Ardennes et une super migraine me vrille le crâne.

On avait pensé, un instant, utiliser l'uniforme d'Eric, pour entrer dans la base atomique, mais, on abandonna cette idée, mon ami avait une pince coupante et, en plus, il connaît un peu les lieus.

Nous sommes entrés sans difficulté, en passant sous le grillage du côté des cuisines, tout est calme, nous nous dirigeons vers le réacteur, nous n'avons qu'à suivre les flèches de signalisation. On croise quelques hommes en blouse blanche, les abords du réacteur sont vides, nous n’avons aucun mal à nous en approcher.

Dans un vestiaire nous trouvons des blouses blanches que nous revêtons, il peut y avoir des cameras. La trappe de visite est située en haut du réacteur, une petite échelle métallique y mène. Minette est réveillée, elle se promène au pied du réacteur, en quête de nourriture.

Nous sommes maintenant au pied du mur, personnellement, ma décision est prise. J'y vais, mais je suis tracassé par Eric, je l'embarque dans cette histoire bien vaseuse. Je regarde un moment en réfléchissant, il me renvoie un franc sourire, qui semble me dire :

"Ne t’inquiète pas, je suis content de partir,  je suis content de me débarrasser de cette odeur de Perdor, qui me colle aux basques".

Et ma Minette ? Je l’emmène, le monde mesquin des hommes n'est plus son monde, elle aspire à une vie plus claire, plus émotionnelle.

"On y va“.

Ma voix me surprend, j’ai crié pour me faire entendre dans ce brouhaha de réacteur. Je prends Minette dans mes bras et monte vers la porte du sas, Eric me suit. La porte n'est même pas fermée à clef, on a eu vraiment beaucoup de chance. On est entré dans une usine nucléaire aussi facilement que dans un Macdo, on entre dans un réacteur atomique sans plus de difficulté. Mais, c’est ca la vie. J'ouvre la porte du sas, le bruit est assourdissant, au fond, l’âme du réacteur brille de mille feus. J'ai un moment d’hésitation, quoiqu’il en soit, au point où j'en suis, je dois être irradié jusqu'à la moelle. Suivi par Eric je me lance dans le noir, je tombe en poussant un cri, dans mon bras. Je pensais que ma vie allait défiler, à toute vitesse, comme dans un kaléidoscope, mais, il n’en ait rien, j'ai seulement peur, peur du vide, peur de me faire mal en tombant, et surtout peur de ne pas réussir à atteindre cette dimension, cette dimension du bonheur.

Maintenant j’ai mal, l'air chaud me brûle les poumons, ma tête va exploser. Minette hurle, me griffe.

Je ressens alors comme une énorme explosion interne, un sifflement assourdissant, puis plus rien, je sombre. Je me lève tout étonné d’être encore en vie. Je n'entends

Aucun bruit, tout est noir, je n'ai pas mal, mais je ne vois plus rien. J'ai du perdre la vue. Je ne sens aucune douleur, je n'ai plus ni faim, ni soif. A tâtons, je cherche Minette et Eric je ne les trouve pas. Je les appelle, mon cri résonne comme dans une cathédrale. Je marche dans le noir, il n’y a pas d'obstacle.

Un doute s’impose à moi, si j'ai vraiment changé de dimension est‑ce que j'ai atterri dans la bonne ?

Le sol est souple, comme du sable, il n'y a pas d'obstacle. Je suis totalement désorienté, je marche pendant quelques minutes, au bord du désespoir, je m’assieds. "Tu verras bien qu'un beau matin fatigué, j’irai m'asseoir sur le trottoir d'à côté"

Je chante maintenant, les rayons ont du me faire sauter un boulon. J’arrête de chanter, il me semble entendre comme un petit bruit, un froissement. Je retiens ma respiration, pour mieux entendre. Mon cœur palpite un max.

"Bienvenue Popaul !“ Cette phrase, je ne l'ai pas entendue, elle résonne dans ma tête, elle s'impose d'elle-même dans mon esprit. Personne n’a parlé, mais, on me souhaite la bienvenue. Je pousse un ouf de soulagement. Puis, j'entends un murmure, je l'entends vraiment. Loin, très loin, je devine un petit point lumineux. Ce halo se rapproche rapidement de moi. Le murmure est en fait un chant, qui grandit en même temps que la lueur. Je ne suis pas aveugle. Un enfant chante, je pense que c’est du Japonais. Mais, c'est merveilleux. Maintenant, cet enfant est près de moi, il est très brillant, diaphane, il flotte au-dessus de sol, il me sourit.

Des petites lumières surgissent de toutes parts, je suis entouré par des dizaines de formes de lumière, j'en ai le souffle coupé. Mes nouveaux amis, ont l'air très heureux, ils ont l'air de papoter, de rire, mais, je n’entends rien. La grande majorité a des traits asiatiques, il y a des hommes, des femmes des enfants et même un chat ! Mon, ce n'est pas Minette. Un autre message s'impose à mon esprit “suis-nous".

Ils communiquent par télépathie. Précédé par un japonais lumineux hilare, suivi par une trentaine d'êtres de lumière, je marche dans le noir, je marche, je marche, mais je ne suis pas fatigué. Tout doucement mon environnement s'éclaire, nous marchons sur une place pavée, une place immense. Mes compagnons ne touchent pas terre, je n’éprouve aucune fatigue, je n'ose pas regarder mes pieds. J'aurais trop peur de les voir flotter au-dessus du soi. Nous arrivons près d'une forêt aux arbres gigantesques. Des formes lumineuses sont assises dans une clairière, elles sont plus grandes et plus encore plus brillantes que mes accompagnateurs. Ces derniers viennent tour à tour virevolter sur ma tête, avant de s’éloigner à une vitesse folle. Salut mes amis      

A l'approche de la clairière je me sens diffèrent, je change
J'entends dans le coquillage
Le souffle de la vie
Le chant de l'avant
Qui résonne dans mon crâne.
Comme mille bourdons de joie.

Je perds les limites de mon Moi, je ressens une impression de bonheur très fort, je suis parcouru de sensations de courants électriques, de béatitude, d’éveil et de fusion des sens Le pied, quoi !.

Je ne vois plus les couleurs, je les entends. Ces verts tendres, hurlent à mes oreilles Je n'ai plus peur. Un sourire lumineux m'invite à m'approcher, je suis au milieu d'un groupe.

Un être de lumière, qui flotte au-dessus de nous, me dit :

-Salut Popaul, tu es le bienvenu.  Mais, tu nous poses un problème. Ton saut dans notre dimension est en fait un suicide. Tu sais que nul n'a le droit de détruire une vie, fut-elle la sienne. Je ne pense pas que nous pourrons te garder.

-Mais, vous le savez, que j'ai quitté ce monde, cette vie minable pour rejoindre un amour cathodique. On se suicide, quand on détruit sa vie, son corps, mais moi, je savais que j’allais continuer à vivre, même si j'étais débarrassé de cette enveloppe grotesque. Savez vous ou se trouve Minette, Eric et Nadia ?

‑Hahaha, ne t’inquiète pas ils sont tous dans notre dimension, mais tu ne peux les voir maintenant. Tu resteras quelque temps dans le Mesemptère.

‑Le Mesemptère ? Mais, qu’est ce que c'est ?

- C'est une sorte de purgatoire.

‑Tu auras des activités dienesques, qui révéleront les qualités de ton Moi. Si ton état spirituel s’avère bon, tu resteras avec nous, sinon, tu seras renvoyé dans ton ancien monde sous l'enveloppe d'un nouveau ne.

‑Quelque temps ! Mais, ça veut dire quoi, combien de temps ? Combien de jours, de mois, d’années ?

‑Cette notion dépasse (pour l’instant) tes possibilités conceptuelles. Ici, il n'existe pas de limite spacio‑temporelle. Tu comprendras vite ce concept.

Tout cela me laisse perplexe. Car au fond de moi-même, c'est pour retrouver Nadia, et son cœur croise, que j’ai plongé dans ce Loa. Et si je m’étais trompe, si tout cela n’était qu’un piège cosmique, un piège à con, à gogo. La grande place s'assombrit, les mille lumières se fanent, je ne vois pas à plus de 3 mètres.

Zut! Je m'enfonce dans une gangue de doutes et de spleen, je vais me retrouver vite fait dans la peau d'un bébé Cadum, si je continue à être négatif. Bon, je sors mon super sourire intérieur et extérieur. L’extase béate. J'abandonne la grisaille familière des ombres de ma vie et regarde les grands transparents qui dansent sur les rayons des soleils. Ces soleils qui reviennent caresser mes yeux et tous mes sens. Maintenant je peux voir au loin, à plus d’un kilomètre, une cigale à genou ne pourrait échapper à ma vue. Dans un bruit assourdissant, dans un carrousel de feu, d'éclairs, de lueurs, des images courent autour de moi Les images, des portraits me parlent, toutes à la fois. Je ne sais plus ou donner de l’oreille. Je fixe un grand gaillard blond, hilare. Il m'adresse la parole et vient s'asseoir près de moi.
-Salut Popaul ! Bienvenu parmi nous. Moi c'est John Steford, appelle-moi Stef.
- “ !“
 - Décontracte-toi, ici on est bien, tout est clair.
- Salut Stef, qu'est ce qui t'est arrivé ? Tu as visité Nagasaki en 45, ou Tchernobyl ? Depuis quand es‑tu ici ?
-Le temps a peu d’importance, J'ai glissé il y a plus de 30 ans, je n'ai pas été irradié, c'est la trouille qui m'a envoyé ici. Je ne le regrette pas.
- Mais, comment as‑tu fait ?
-Je n'ai rien fait de particulier, j'étais près de Hué, au Viet Nam en février 68. C’était la nuit, mais les fusées éclairantes inondaient la jungle. Ma tranchée était remplie de cadavres. Les corps de mes amis, des marines. La peur me vrillait le cerveau, le bruit de la bataille, la musique me vrillaient les oreilles. Une trouille rouge me dominait, je creusais avec mes ongles et voulais m'enfouir sous la terre. Puis, progressivement, les couleurs ont changé, elles sont devenues plus fortes, plus fluides. Le rock and roll s'est adouci, le hurlement des roquettes s’est transformé en un bruissement de roseau.

Ma peur s’en est allée, pourtant je n'avais jamais touché ni au H, ni à l'acide. Je jetais au loin mon fusil, mon casque, mon gilet pare-éclat et, à moitié nu, je suis sorti de la tranchée. Les viets grouillaient, ils étaient devenus transparents, je voyais à travers eux, je pouvais voir leur cœur qui palpitaient.

A part 2 ou 3 qui m'ont salué gentiment, ils ne s'occupaient pas de moi. Alors j'ai marche, je n’étais pas fatigué, j'avais une super pêche. J’ai rejoint un groupe d’une dizaine d’hommes, moitié américains, moitié viets, eux aussi marchaient sans fatigue, je les ai donc accompagnés. Nous avions glissé dans le grand océan de nos peurs. Et voilà ! On marche ensemble ?

Je suivais donc Stef. Je sentais que je filais un drôle de coton, j'avais besoin d'une certaine stimulation pour continuer à avancer. La vie est faite de ces instants d'incertitude qui la rendent moins monotone, mais plus pénible. L’esprit de l'homme est complexe, et, Popaul n’était pas un ange. Non, nous ne sommes pas des anges, des anges du paradis....

Steph ! C'est bien ici ?

‑C'est très bien, tu t'y feras.

- Et question, femme, bière et nourriture, il y a ce qu'il faut ?

‑Là, mon vieux, tu as de mauvaises vibrations.

‑ Mais, je ne vibre pas, même pas un poil.

 ‑Non, ce n'est qu'une image. Il faudra te débarrasser de cette gangue matérialiste, maintenant, tu n'as plus besoin de manger, ni de boire, je ne te parle même pas du reste. Tu nous aimes toutes et tous maintenant, pas de petite préférence.

-Mince, mais, pour nous les Français, il n'y a pas un coin spécial ? Où on pourrait manger, même si on n’a pas faim, on pourrait boire même si on n'a pas soif, on pourrait aimer une petite sœur un peu plus que les autres, faire du bruit.

‑Hahahaha!
Pour l'amour d'une belle je me suis engagé
A cause d'un baiser qu'elle m'a refusé
Mais, adieu Nadia et son cœur croisé
J’ai donc fait tout cela pour rien, j'ai échoué dans ma quête.

Je baisse la tête, perplexe. La présence de Steph m'est moralement très utile, elle m'aide à surmonter mes incertitudes et à vibrer correctement. Car en fait le problème est là. A cause d’une histoire de décodeur bidon et d'une télé poussive j'ai glissé dans une dimension qui m'est inconnue. Ici, tout est rêve et lumière. Sous mes pieds le sol est chaud près de moi volent les oiseaux il ne faut plus penser à hier. Il me reste à me mettre au diapason, à trouver la bonne fréquence.

Bref, je marche. Nous avons traverse une magnifique prairie, marguerites, folcans et coquelicots mesdames. Maintenant, nous traversons une petite rivière. C'est super de marcher sur l’eau. La rivière est calme, claire, on peut voir des poissons et des petites franelles nager bras dessus, bras dessous. Pour profiter de l'instant présent je m'allonge sur la berge, je roule dans l'herbe. C'est que je commence à m’y faire, à cette dimension, j’aime beaucoup cet état.

Le PMU ne me manque pas, ni l'ANPE.

‑Popaul réveille‑toi, à queue tu dors depuis des heures !

Je me réveille difficilement. J’en veux à Jean‑Fred de m’avoir arraché à ce songe atomique. Pourtant, j'y ai vraiment cru. La vie est cruelle. Devant moi, brille l’écran de ma télé, elle est toujours là, c’était donc bien un rêve ! zut, zut, zut.

Pendant que Fred tripatouille la télé, je range un peu ma chambre, il y a des brins d'herbe sur ma taie d'oreiller.

‑Dis Popaul ! Qu’est ce qu’elle a ta télé, il y a un problème : elle parle en Russe…..

 

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Dr Jean-Louis TORRE

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02/09/2001