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Physiopathologie de la conscience

Par le dr Jean-Paul Gervaisot



Neurophysiologie du plaisir et de l'orgasme



1- Préambule.
Décrire un phénomène conscient normal, partagé par la plupart d'entre nous est un bon exercice car il permet de se projeter dans cette approche du fonctionnement de la pensée et du champ de conscience et mieux l'intégrer. Y est détaillée l'intrication entre la perception, le plaisir et les mécanismes érectiles physiologiques. La mise en excitation réflexe du système érectile qui peut se déclencher dans des situations inattendues comme en faisant du sport ou dans une situation de viol, n?est pas l?objet de ce chapitre.


2-Physiologie du plaisir sexuel.
Masters et Johnson (1957) décrivent quatre phases dans les cycles sexuels.
La phase d'excitation, le plateau (la plus longue du cycle, caractérisé par un niveau d'excitation pratiquement constant), l'orgasme (à la fin du cycle en plateau qui correspond à une montée très rapide de l'excitation jusqu'à l'éjaculation et l'orgasme chez l'homme, par des contractions involontaires du périnée et l'orgasme chez la femme) et la résolution (phase durant laquelle l'excitation diminue progressivement et est associée à de la détente).
Chacune de ces phases peut être décrite sous son aspect neurosensoriel. Cet aspect neurosensoriel permet de comprendre la qualité des sensations et indirectement d'en déduire les troubles psychologiques que l'on peut rencontrer en sexologie.

Cette description n'est pas explicite, elle reprend l'essentiel des connaissances neurophysiologiques en matière de cycle sexuel. C'est autant un éclairage particulier qu'un outil de travail pour interpréter l'action des psychotropes sur le champ de conscience, la pensée d'un individu et finalement sur ce qui en découle ses actes.


3- Neurophysiologie des différentes phases.

3.1 La phase d'excitation.
Une relation sexuelle consentie ne se fait pas avec n'importe qui dans n'importe quel lieu à n'importe quel moment. Il existe chez chaque individu un certain nombre de pré requis plus ou moins frustres ou plus ou moins élaborés. Ces pré requis ne font pas obligatoirement appel à la conscience. Ainsi récemment (1) la mise en évidence des effets d?une phéromone humaine sur des systèmes neurobiologiques montre que des éléments biologiques imperceptibles peuvent influencer sur le choix et le comportement d'individus,
La phase d'excitation va débuter avec un échange de signes sensoriels plus ou moins explicites qui succèdent à un projet imaginé, cortiqué, de relation sexuelle. Ce projet cortiqué est isolément susceptible d'induire une érection, une lubrification de la muqueuse vaginale. La rencontre avec l'autre va permettre à ce projet de se dérouler et de s'adapter dans l?altérité.
La phase d'excitation va contenir tous les éléments qui vont permettre l'accès à la phase de plateau: paroles, caresses, déshabillage, mise en route d'une sécrétion conséquente d'ocytocine.
Les autres organes sensoriels entrent aussi en compte: vision, odorat ou goût puisque régulièrement mis en avant dans les stratégies d'approche amoureuse. La prépondérance d?un sens dépendra de la sensibilité de chacun et de son histoire personnelle : on peut avoir une érection en sentant un parfum. Le tact est l'élément déterminant de l'entrée dans la phase de plateau.

3.2 La phase de plateau.

L'ocytocine est l'hormone qui caractérise la phase de plateau. C'est une hormone dont la composition est identique dans toutes les espèces vertébrées. Elle a un effet excitateur. Elle est synthétisée au niveau hypothalamique et est sécrétée au niveau antéhypophysaire. Les mamelons et les organes érectiles sont riches en récepteurs à ocytocine. L'ocytocine favorise les contractions du mamelon et des muscles du périnée. Les caresses de la peau et des organes génitaux stimulent la sécrétion de l'ocytocine. (2)
Il n'existe pas de rétro contrôle de cette sécrétion, c'est à dire que plus il y a de stimulations, plus il y a de sécrétion d'ocytocine.

La turgescence des organes érectiles, la lubrification de la muqueuse vaginale sont dues au système parasympathique. On retrouve en aval de la stimulation tactile la triade: motricité volontaire, motricité viscérale, sécrétion hormonale.

L'effet sensoriel de l'ocytocine va se caractériser par une augmentation locale des perceptions.
L?ocytocine permet de se sentir en confiance et favorise un état de détente et un changement de niveau de conscience, une focalisation sur le sensoriel et moins sur les aspects moteurs. L'individu va ressentir plus intensément les caresses, en particulier sur les organes riches en récepteurs à ocytocine, c'est à dire les organes érectiles. La recherche du contact va donc progressivement se focaliser sur ces zones.
Pour qu'il y ait plaisir, il faut qu'il y ait régulièrement arrêt et reprise de la stimulation des mécanos récepteurs. Cette alternance va se traduire au niveau cortical par une alternance d?hyperpolarisations puis de retour à un flux normal sur les zones de cortex sensitifs concernées, le retour au flux normal correspondant à la sensation de plaisir. L'incitation à la caresse revient après chaque pause, à l'image de l'effet de renforcement décrit dans le système de plaisir dopaminergique.
Les caresses et les mouvements rythmés sont donc adaptés à l'accès au plaisir. L?ocytocine l'est également puisque cette hormone est secrétée par salves au niveau de l'antéhypophyse.

Sous l?effet de l?ocytocine, la sensation de plaisir est ressentie au niveau central par retour sensoriel systématisé, c'est à dire via les voies de la sensibilité tactile. La sensation reste donc localisée à l'aire corticale correspondant à la zone caressée.
Le champ de conscience va progressivement se réduire à une conscience essentiellement tactile, très localisée mais hypertrophié dans son volume sensoriel. Cette hypertrophie va se faire grâce à la mise au repos des autres organes sensoriels. La personne aura tendance à fermer les yeux, à s'isoler, à se mettre « à l'écoute » de son plaisir. Elle embrassera moins, caressera moins l'autre parce qu?il est difficile d?être à la fois récepteur et émetteur. Le plaisir va progressivement devenir égoïste. Ce mécanisme de focalisation est du même type que ce qui est décrit pour le téléphone portable au volant, ou toute activité passionnelle comme les jeux vidéo par exemple. Le cerveau établit des priorités en shuntant les autres organes sensoriels.
Les techniques d?apprentissage du contrôle éjaculatoire sont basées sur une meilleure gestion de l?excitation, en l?occurrence sur la limitation de l?excitation mécanique, sensorielle, et de l'imaginaire érotique en particulier. Cela revient à réduire l?isolement égoïste par maintien ou mise en route des autres organes sensoriels : se focaliser sur sa respiration, ne pas fermer les yeux ou les rouvrir, s'obliger à écouter de la musique, autant d?activités entravant le développement de pensées érotiques et permettant donc un meilleur contrôle de l?excitation.

L'augmentation du taux d'ocytocine et des sensations s?intensifient jusqu'à ce qu'apparaisse une activité spastique indiquant à l'entrée dans la phase d'orgasme.
Cette réponse motrice correspond à une perte partielle par le cortex du contrôle médullaire. Cette perte du contrôle est liée à l'hyperpolarisation excessive de la zone corticale active, engendrée par les afférences tactiles génitales. L? hyperpolarisation entrave la circulation du flux électrique neuronal sur les zones corticales intéressée par les stimulations périphériques. Elle va engendrer la libération par la médullosurrénale d'adrénaline normalement inhibée par le cortex.

3.3 L'orgasme.

L'adrénaline est une monoamine excitante que l'on rencontre dans des situations aussi bien agréables que désagréables. Elle est principalement sécrétée et libérée dans le sang par la médullosurrénale. Cette libération est sous contrôle cortical. Cette monoamine arrive au niveau des neurones de façon diffuse, non systématisée, c'est à dire sans respecter des voies neuronales. Cette diffusion non systématisée va générer une hyperpolarisation topographiquement beaucoup plus étendue que l'hyperpolarisation systématisée engendrée par l'ocytocine. La résolution spontanée de cette hyperpolarisation va engendrer une sensation de plaisir beaucoup plus importante que lors de la phase de plateau, parce que étendue à une plus grande surface de cortex. On parle d'orgasme. Sa durée est brève, quelques secondes. On peut la caractériser par une prise de conscience assez confuse, intense, agréable qui va se résoudre dans la phase suivante de façon plus structurée et représentative.
L'adrénaline est antagoniste de l'ocytocine. Elle va neutraliser son effet sur les organes érectiles. Dans la phase orgasmique vont donc disparaître les phénomènes érectiles. La sensation de plaisir ne sera plus focalisée à ce niveau mais sera accessible à tous les niveaux sensoriels actifs. Les caresses vont à nouveau être sensibles de façon diffuse. L'individu va reprendre conscience de l'autre, le plaisir ne sera plus égoïste mais partagé. La personne va rouvrir les yeux, être à nouveau à l'écoute.

3.4 La phase de résolution.
La phase de résolution commence avec la mise au repos des organes érectiles et la réouverture du champ de conscience vers l'ensemble des sensations corporelles, vers l'autre et vers l'extérieur. A cette phase, par un effet de miroir, le plaisir de l?autre peut combler le premier : On retrouve un niveau de conscience ordinaire et non égoïste. La sensation orgasmique qui est une sensation de plaisir intense et confus, fait place à une sensation de plaisir, de satisfaction, de plénitude. La satisfaction va se rattacher autant à l'acte sexuel qu'au vécu de l'individu. La pensée, via le champ de conscience hypertrophié par l?effet adrénergique, va se promener sur des problématiques récentes résolues ou sur les problématiques en cours et y trouver de la satisfaction ou des solutions. La mise en relation, par l'effet non systémique de l'adrénaline, d'empreintes neuronales sans relation physiques entre elles va favoriser la création de liens inter-empreintes et amener des associations d?idées constructives ou délétères. Dans cette logique, l?orgasme peut être mal vécu et provoquer un sentiment diffus de tristesse, une mélancolie et des pleurs ou un sentiment de colère contre soi et contre l?autre.

Cette phase de satisfaction et d'apaisement peut se prolonger. La durée est très variable d?un sujet à l?autre et d?une fois à l?autre après l'orgasme. On peut juste en fermant les yeux retrouver le plaisir d?un rapport, des jours après, avec ce même sentiment de plénitude. Même un baiser peut rapporter ces sensations. Cela correspond à l?empreinte corticale générée par le rapport. Cette mémorisation de quelques jours favoriserait une régularité des rapports.
Le mouvement de la vie va reprendre ensuite l'ascendant sur cet état de grâce, fractionnant l?empreinte et la diluant dans les problématiques quotidiennes.


(1) The scaffold protein Ste5 directly controls a switch-like mating decision in yeast », publié dans Nature, est signé Mohan K. Malleshaiah et Stephen W. Michnick de l?Université de Montréal, Vahid Shahrezaei du Collège impérial de Londres et Peter S. Swain de l?Université McGill et de l?Université d?Édimbourg.


(2) Quand on creuse la littérature, on s?aperçoit qu?aucun récepteur central à ocytocine n?est évoqué. On découvre une très intéressante étude sur les moutons qui montre que l?ocytocine ne stimule la sociabilité et l?amour maternel qui s?il n?y a pas de lésion médullaire, ce qui prouve que l?effet psychotrope est lié au retour neuronal médullaire qui lui n?a rien de spécifique à l?ocytocine. Les hormones estrogènes et progestérones donnent les mêmes comportements mais ne sont pas affectés par sa section médullaire.


Derniére mise à jour : 28/11/12

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